Et si les femmes n’étaient plus les seules à accoucher ?

La compagnie la Femme et l’Homme debout, créée en 2005, choisit l’art pour connecter les humains entre eux. Leur nouvelle pièce de théâtre, « Bébéboc », questionne le sujet de l’utérus artificiel et son impact sur les relations femmes-hommes.

Accoucher d’un bébé comme une machine le ferait d’un pain. Cette comparaison étonnante est le point de départ de la pièce de théâtre « Bébéboc », pour « bébé dans le bocal », réalisée par la compagnie la Femme et l’Homme debout. Le but de cette dernière ? Connecter les humains à travers l’art.

La pièce aborde le thème plus si futuriste de l’utérus artificiel. Une équipe de biologistes, dirigée par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz, de l’Université de Cambridge, a effectué une avancée considérable dans le domaine de l’ectogénèse (procréation d’un être humain hors utérus), début mai.

Ces biologistes britanniques ont mis au point une matrice reproduisant l’environnement utérin. Concrètement, ils sont parvenus à cultiver in vitro des embryons humains jusqu’au stade de treize jours. Il subsiste une limite fixée à quatorze jours, mise en place il y a une quarantaine d’année, limitant la frontière où il ne serait plus éthiquement acceptable de cultiver des embryons à fin de recherches.

En Angleterre donc, les contours d’un utérus artificiel se précisent. En France, les recherches ne sont que partiellement autorisées depuis la loi du 6 août 2013. Celle-ci permet de travailler sur des embryons « conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation et qui ne font plus l’objet d’un projet parental ».

La Cie la Femme et l’Homme debout s’est saisie de cette problématique de l’utérus artificiel pour en voir les possibilités et limites.

Les enfants-choses

« Bébéboc » est une comédie d’anticipation sur le couple 2.0. Elle se déroule dans un futur éloigné, où Julie, cinquantenaire, souhaite depuis toujours avoir un bébé. Elle fait appel à la procréation artificielle, malgré l’opposition de son mari, Romain, qui aspire à une retraite paisible. Julie contacte une société secrète qui installe chez elle une machine équivalente à un utérus artificiel.

Cette idée est née de la rencontre de Catherine Gosse, fondatrice de la compagnie et interprète de Julie, et Roland Depauw, comédien metteur en scène professionnel et interprète de Romain. Ils sont partis de l’hypothèse féministe que les femmes seront à égalité lorsqu’elles ne porteront plus de bébés.

Catherine Gosse dans son rôle de Julie. (Crédit photo : DR)

Les deux comédiens, à travers cette pièce, questionnent les avancées technologiques. « Qu’est-ce qu’un progrès ? Pouvoir déterminer le sexe, la couleur des cheveux, des yeux de l’enfant en est-un ? », soulève Catherine Gosse.

Ces « enfants-choses que le parent fabrique », comme elle les appelle, « existent déjà dans certains pays, où on choisit le sexe du bébé ». Aucun doute pour Catherine Gosse, cela va devenir un marché. Les enfants seront « fabriqués dans une industrie », par une entreprise. Elle pointe le « risque d’aliénation », lié à l’argent. « Tout le monde ne pourrait pas se le payer », ajoute la fondatrice de la compagnie.

Dans cette problématique technologique, Catherine Gosse questionne la place de l’enfant : que deviendront-ils, où est leur place dans ce procédé et, plus généralement, quelle place pour le vivant ?

L’hégémonie des valeurs masculines

A travers la pièce « Bébéboc », les comédiens critiquent également les valeurs masculines ancrées dans notre société. « Nous n’avons pas décollé de la loi du plus fort. Avant, c’était le chef avec ses gros muscles, celui qui tapait le plus fort. Aujourd’hui, le plus fort c’est celui qui a de l’argent, du pouvoir, qui dirige le monde », signale Catherine Gosse.

La comédienne dénonce le conditionnement effectué dès le plus jeune âge. « On enseigne aux garçons de ne pas pleurer, parce qu’un garçon ça ne s’attendrit pas. Les petites filles, elles, pleurent, ont peur. On leur enseigne qu’elles ont des choses à craindre. » Elle souligne que ses stéréotypes sont issus de la société patriarcale.

Un de ces stéréotypes consiste à enfermer la femme dans son rôle de mère. « La maternité fait partie, ou peut faire partie, de la vie d’une femme. […] C’est le genre d’argument génial pour les maintenir à la maison, décrétant qu’elles sont surtout des mères, asservies », déclare la comédienne. Elle rêve de ne plus avoir besoin de décrire ces valeurs comme masculines ou féminines, qu’elles deviennent universelles.

Que les parents soient liés par le sang ou par l’affection à leurs enfants, ce qui importe, c’est la bienveillance, insiste-t-elle. Un des aspects sur lequel l’équipe de la pièce a souhaité insister, utérus artificiel ou non.

Lauriane Sandrini

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