Que pensent ces femmes antiféministes ?

La communauté « Women against feminism » (un Tumblr, une page Facebook, un Twitter et maintenant un site) rassemble des milliers de femmes qui rejettent le mouvement féministe. Depuis juillet 2013, ce groupe s’agrandit, est de plus en plus médiatisé. Nous avons parlé à trois militantes antiféministes qui nous éclairent sur leur vision du féminisme.

« Les féministes, passez-moi ce néologisme, disent : Tout le mal vient de ce qu’on ne veut pas reconnaître que la femme est l’égale de l’homme, qu’il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits qu’à l’homme », écrivait Alexandre Dumas fils, en 1872, dans son ouvrage L’Homme-femme : réponse à Henri d’Ideville.

Aujourd’hui, on retrouve dans les dictionnaires, tel que le Larousse, une définition qui a perdu sa connotation péjorative : « mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».

Entre ces deux périodes, le féminisme s’est développé, démocratisé. A tel point qu’il existe autant de définitions que de personnes qui emploie le terme.

Femin’Act a interrogé trois antiféministes de la communauté « Women against feminism » sur leur vision du féminisme. Voici ce qu’elles ont répondu :

Une antiféministe du site Women againt feminism.
Une antiféministe du site Women againt feminism. (Crédit: womenagainstfeminism.com)

La suprématie féminine

Le vocabulaire diffère, les âges varient, le message reste le même. Le féminisme prônerait la supériorité de la femme, et non l’égalité. « C’est un mouvement des droits des femmes qui s’occupe exclusivement des problèmes qui concernent la femme », analyse Gene Bronwyn, 18 ans, habitant en Nouvelle-Zélande.

Dans la même ligne de pensée, Elizabeth Hobson, jeune anglaise de 27 ans, décrypte les caractéristiques du mouvement.

« Le féminisme c’est la conviction que les femmes sont désavantagées par rapport aux hommes et qu’il s’agit d’un problème de société qui se doit d’être corrigé. […] C’est augmenter le droit des femmes sans limite clairement définie et sans réticence pour éviter la suprématie féminine dans chaque aspect de la vie. »

Cette suprématie s’illustre, d’après elle, en plusieurs points. D’abord, les féministes se pensent « intrinsèquement meilleures » et « moralement supérieures » aux hommes. Ensuite, dans leur chasse au pouvoir, elles oublient de se battre pour le « bien-être et le droit des hommes lorsqu’ils sont disproportionnellement affectés par des problèmes ou quand ils subissent le manquement de droits juridiques ».

Elizabeth Hobson illustre ce manquement légal avec le cadre sexuel et familial : les femmes rejettent la garde partagée, les hommes manquent de droits reproductifs.

Des femmes qui haïssent les hommes

En discutant avec ces antiféministes, un aspect revient souvent : les féministes sont anti-hommes.

« Combien de fois ai-je entendu des femmes parlant de problèmes de sociétés et expliquant qu’elles haïssent les hommes ? Qu’ils sont à blâmer pour tous les problèmes de notre société ? », s’agace Cathleen, 49 ans, résidant au Texas, qui trouve que cela est « pathétique » et « fallacieux ».

L’américaine ajoute que les femmes se sont « appropriées une idéologie qui prônait l’égalité et l’ont travesti en une rhétorique anti-hommes ».

Elizabeth Hobson qualifie le mouvement de « misandre », « malhonnête ». Pourtant, il y a quelques années, elle se revendiquait féministe.

Elle change radicalement de position lorsqu’elle réalise le manque de droit concernant les pères et l’attitude des féministes envers ces messieurs : « on disait aux hommes de la fermer parce que leur opinion n’était pas pertinente en raison de leur sexe ».

Désormais, elle considère la plupart des féministes comme « mauvaises pour les individus et pour la société ».

Une antiféministe du site Women againt feminism.
Une antiféministe du site Women againt feminism. (Crédit: womenagainstfeminism.com)

Le culte de la femme victime

Une des spécificités féministe réside dans le culte de la femme victime, qui est devenu une « arme utilisée contre les hommes », d’après Cathleen.

« Si une femme féministe n’obtient pas de promotion, elle criera à la discrimination, au sexisme. Alors qu’en réalité elle n’est juste peut-être pas la meilleure candidate, note-t-elle. Le féminisme nous enlève notre pouvoir en tant que femme de tomber et de se relever par nous-mêmes. L’égalité des chances ne veut pas dire égalité de résultats. »

« Les femmes qui brandissent le sexisme comme une excuse pour leurs erreurs et leurs échecs sont les pires êtres humains, ajoute-t-elle. […] Cela dessert la cause des femmes qui veulent être traitées avec égalité. »

L’écart salarial ? Un mythe

L’inégalité salariale est une des luttes principales des féministes occidentales. Un fait avéré, certifié par des pourcentages, des études.

Elizabeth Hobson n’est pas de cet avis. Il s’agit, d’après elle, d’un « mythe total ». « La différence de salaire s’explique par les choix que chacun fait. S’ils ont le même poste, ils n’ont peut-être pas le même niveau d’éducation ; les hommes effectuent souvent plus d’heures supplémentaires ; les femmes dédient plus de temps à leurs enfants. En plus, si un employeur payait moins une femme pour le même poste… Ce serait illégal. Les femmes ont le droit de protester et de rectifier la situation. »

L’anglaise reconnaît que ses propos supportent des stéréotypes, mais « vérifiés, et non sexistes ».

Sur ce même sujet, Cathleen est catégorique : « Et vous proposez que la seule raison qui explique cela soit la discrimination envers les femmes ? », ajoutant : « Qui vous a menti et vous a dit que la vie était juste ? »

L’américaine reconnaît qu’il y a des « choses à améliorer. Mais dire que les inégalités salariales sont omniprésentes et que toutes les femmes en souffrent est une grosse exagération. »

Un meme antiféministe.
Un meme antiféministe. (Crédit: womenagainstfeminism.com)

Le féminisme : politiquement correct

Le féminisme est devenue « une idéologie politiquement correcte », selon Cathleen.

« Dans nos sociétés modernes, il n’y a pas de place pour le désaccord, soutient Gene. Le fait de ne pas se revendiquer féministe pour un politique est une grande offense. Je supporte la liberté d’expression et de parole, alors pourquoi ces figures politiques modernes ne peuvent-elles pas me permettre ce droit en retour ? »

La Néo-Zélandaise est plus dans la réserve que les deux autres femmes interrogées. « Globalement, les féministes supportent l’égalité, tout comme moi. […] Je crois que la plupart des féministes occidentales ne veulent pas que la troisième vague de féminisme soit une suprématie féminine. Je ne pense pas que ce soit une sorte de conspiration. Mais je crois que certains politiques utilisent le féminisme à des fins politiques et économiques. »

L’inégalité hommes/femmes n’existe pas

Après plusieurs heures de discussions, une question s’impose : les antiféministes pensent-elles que les femmes sont égales aux hommes ?

« Bien sûr que nous sommes égaux ! Est-ce que je peux devenir propriétaire ? Oui ! Est-ce que je peux choisir avec qui je veux me marier ? Oui ! », s’emporte Cathleen, qui soutient que les stéréotypes sexistes n’existent plus.

Elle pense qu’en Amérique, les gens n’ont plus besoin de se battre pour améliorer les conditions de vie des femmes. Que le travail doit être fait au Moyen-Orient et dans d’autres pays où « les femmes n’ont aucun droits ».

Idée partagée par Elizabeth Hobson : « Socialement, je dirais que les femmes sont respectées dans la société en général. […] Je pense que la plupart des gens dans nos sociétés occidentales veulent juste les voir heureuse et supportent leurs décisions. Il existe quelques individus qui grandissent avec des idées rigides. Ils sont problématiques, mais rares. A part dans les enclaves non-occidentales. Par exemples, les migrants musulmans ont tendance à avoir des idées arriérés sur les femmes. »

En d’autres termes, « tout le monde devrait lutter pour améliorer les conditions de vie humaine mais je ne pense pas que les femmes soient désavantagées par rapport aux hommes. »

La jeune anglaise va plus loin, affirmant que les femmes possèdent des droits, privilèges, que les hommes n’ont pas. « Les hommes ne possèdent pas de droits que les femmes n’ont pas déjà. A l’inverse, les femmes possèdent certains privilèges (les mutilations génitales féminines sont illégales, les masculines – la circoncision – ne le sont pas). »

Légalement et socialement, ont peut parler d’égalité. Intrinsèquement par contre, la gent féminine est moins compétente, d’après Gene.

« Je ne pense pas que les femmes soient égales aux hommes dans le sens d’être les mêmes. On sait que les femmes sont tout aussi capables que les hommes, et vice-versa, mais je ne pense pas que les hommes soient naturellement aussi doués pour l’éducation des enfants. Dans le même sens, alors que les femmes sont capables de faire l’histoire et d’endosser des rôles traditionnellement masculins, elles ne sont pas faites pour ça, dans la plupart des cas. »

La Néo-Zélandaise de 18ans aimerait voir une femme marquer l’histoire. Pour ça, il faudrait qu’elle soit « aussi brillante que Da Vinci ou qu’elle apprenne à piloter le monde politique des affaires, dans lequel les femmes sont émotionnellement plus vulnérables, par nature. »

Les trois antiféministes avec qui nous nous sommes entretenues ne représentent pas l’ensemble de la pensée de leur mouvement. Une chose est sûre : leurs discours reproduisent des stéréotypes sexistes. Les trois femmes avouent vouloir l’égalité (du moins quand elle n’est pas déjà actée)… N’est-ce pas ce que veulent les féministes ?

Lauriane Sandrini

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