Mode islamique : le fossé entre féministes occidentales et femmes musulmanes

Ces derniers mois, plusieurs marques de vêtements ont lancé une gamme centrée autour de la mode islamique. Politiques et associations féministes françaises rejettent ces tenues et appellent à la libération de la femme musulmane. Ces dernières y voient une polémique infondée.

Comment mettre un hijab de la marque Uniqlo. (Crédit : UNIQLOMY)

Le marché de la mode musulmane pesait environ 240 milliards d’euros en 2013, d’après un rapport Thomson Reuters. Ce chiffre devrait quasiment doubler d’ici 2019. Les grandes enseignes de vêtements ont compris l’intérêt économique d’investir dans ce marché de niche.

En septembre, la marque H&M diffuse pour la première fois un spot publicitaire avec une mannequin musulmane voilée. Des collections de mode pudique – vêtements couvrant la tête, les épaules, le décolleté, les cuisses, les chevilles – sont lancées par les magasins Zara ou Uniqlo.

En janvier, la marque de luxe italienne Dolce & Gabbana propose une sélection de hijabs et d’abayas, sorte de robe islamique. Plus récemment, la chaîne de magasins britanniques Marks&Spencer a mis en vente les burkinis, contraction de burqa et bikini.

La « promotion de l’enfermement du corps des femmes »

L’emballement des enseignes autour de la mode islamique choque Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. Elle juge « irresponsables » les marques qui « investissent ce marché et mettent les femmes musulmanes dans la situation de devoir porter ça ».

« L’enjeu c’est celui du contrôle social sur les corps des femmes. Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et font la promotion de cet enfermement du corps des femmes », s’est-elle agacée au micro de RMC, le 30 mars. Interrogée sur les femmes qui décident de porter le voile, la ministre a dérapé, les comparants aux « nègres américains qui étaient pour l’esclavage ».

La philosophe féministe Elizabeth Badinter a approuvé les propos de Laurence Rossignol sur la mode pudique, appelant au boycott des marques qui se lancent dans ce commerce. Les « dites ‘féministes islamiques’, elles oublient qu’en guise d’égalité elles doivent rester à la maison, que l’héritage est divisé par deux dans les pays musulmans et la polygamie admise dans le Coran dont elles se réclament », a-t-elle ajouté lors d’un entretien à l’AFP.

Plusieurs associations féministes et Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, ont apporté leur soutien à la ministre, d’après le Huffington Post. La Clef (Coordination française pour le lobby européen des femmes), qui regroupe une cinquantaine d’associations féministes, a rédigé une lettre ouverte dans laquelle elle la félicite d’avoir « réagi avec force et indignation face à la banalisation du port du voile islamique ».

Leur libre-arbitre, leur choix

Les premières intéressées, les femmes musulmanes, s’opposent aux discours tenus par ces politiques et associations féministes. Il s’agit pour elles d’un débat inutile et infondé. « Je trouve ça ridicule, pas normal qu’on puisse interdire un style ou un autre parce que ça les dérange que […] les femmes voilées aient le droit au luxe, aux belles tenues. Pour moi, c’est une coquetterie, il n’y a pas à avoir de polémique derrière ça », clarifie Asma Fares, youtubeuse beauté.

Mélanie Elturk, créatrice de la marque Haute Hijab, qualifie cette controverse de « stupide ». « Ils pensent que si les femmes musulmanes portent le voile, c’est une menace pour le mode de vie à la française. J’aimerai qu’ils voient les choses différemment. Au contraire, ça soutient cette volonté de liberté si française, l’émancipation, la liberté de vivre comme on veut », clame-t-elle.

Cliquez sur l'image pour la voir en meilleure qualité. (Crédit : LS)
Cliquez sur l’image pour la voir en meilleure qualité. (Crédit : LS)

Le choix de porter tel habit de telle marque revient à celui qui porte ce vêtement. Un libre-arbitre revendiqué par Sabrina, nancéienne de 21 ans interrogée par 20minutes : « à partir du moment où la personne se sent à l’aise et qu’elle n’est pas forcée de s’habiller comme cela, il n’y a pas de raison que ça choque qui que ce soit. »

Egalement sondée par 20minutes, Amina, strasbourgeoise de 21 ans, comprend l’engouement des féministes occidentales. « Les intentions des femmes françaises qui ont combattu pour les droits des femmes ne sont pas mauvaises : pour elles, le voile est une régression et il faut les comprendre. […] Pour en sortir, il faut arrêter de parler et passer aux actes. Il faut que les musulmanes prouvent qu’elles sont libres et qu’elles entreprennent des choses ! »

Le fossé entre femmes musulmanes et féministes occidentales peine à se combler, notamment en raison de l’affrontement entre féminisme islamique et féministes laïques.

Lauriane Sandrini

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