Jacqueline Sauvage, symbole d’une lutte contre les violences conjugales

Jacqueline Sauvage a été condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son mari de trois coups de fusil dans le dos en 2012. Aujourd’hui, des centaines de Français manifestent pour que cette femme, qui a lutté contre presque cinquante ans de violences conjugales, obtienne la grâce présidentielle. Décryptage d’un symbole.

Jacqueline Sauvage attend la décision de François Hollande sur une possible grâce présidentielle. (Crédit photo : MyTFI)
Jacqueline Sauvage attend la décision de François Hollande sur une possible grâce présidentielle. (Crédit photo : MyTFI)

Pendant quarante-sept ans, elle a été violée, battue, menacée et emprisonnée. Ses filles ont été abusées sexuellement, humiliées et manipulées. Elle a plusieurs fois atterri aux urgences mais n’a jamais porté plainte. Le 9 septembre 2012, son fils, également victime des violences de son père, s’est suicidé par pendaison. Le lendemain, Jacqueline Sauvage s’est munie d’un fusil de chasse après avoir été frappée une énième fois. Elle est descendue de la chambre dans laquelle elle venait de recevoir les coups et a tiré trois fois sur son mari, assis de dos sur la terrasse.

En octobre 2014, Jacqueline Sauvage, alors âgée de 66 ans, écope de dix ans de prison en première instance. Le 3 décembre, les juges de la Cour d’appel de Blois (Loir-et-Cher) confirment cette décision. Ils n’ont pas retenu le cas de légitime défense. Maitre Tomasini, une des avocates de Mme Sauvage, a précisé que le meurtre n’était pas prémédité et a mis en avant « les syndromes post-traumatiques des femmes battues » : « Elle savait mieux que quiconque qu’il pouvait, ce soir-là, passer à l’acte et mettre à exécution les menaces de mort qu’il avait proférées toute sa vie. »

Demandes de grâce présidentielle

Le président François Hollande a reçu les filles et avocates de Jacqueline Sauvage, le 29 janvier. Il devait se prononcer sur les demandes de grâce formulées, il y a plusieurs mois, par la famille et par plusieurs députés. Il a décidé de s’accorder le « temps de la réflexion » et rendra son verdict « dans les prochains jours ». Janine Bonnagiunta, une des avocates de Mme Sauvage, a indiqué à MetroNews que « le président a compris que toute cette mobilisation autour de Jacqueline Sauvage concerne l’ensemble des femmes battues » et a reconnu les « circonstances exceptionnelles » de l’affaire.

« Monsieur le Président, notre mère a souffert tout au long de sa vie de couple, victime de l’emprise de notre père, homme violent, tyrannique, pervers et incestueux », écrivent Sylvie, Carole et Fabienne, les trois filles de Mme Sauvage, dans une lettre adressée à François Hollande, le 22 décembre. Pour que leur mère soit graciée, elles s’appuient sur les plus de 427 000 signatures d’une pétition, hébergée sur Changes.org. Celle-ci a été lancée le 23 décembre par Karine Plassard et Carole Arribat, deux militantes féministes.

Valérie Boyer, députée Les Républicains des Bouches-du-Rhône, a également réclamé la grâce présidentielle dans un appel formulé le 18 décembre. Il a été signé, d’après Madame Le Figaro, par 83 parlementaires centristes et de droite. Valérie Boyer estime qu’« avant d’être “criminelle” Jacqueline Sauvage est une victime ».

« Il faudrait aujourd’hui que notre loi change », a-t-elle déclaré à BFMTV le 21 décembre, ajoutant porter un projet de loi, avec Maitre Tomasini, pour faire entrer la notion de légitime défense différée dans le droit français. Ce dernier reconnait la légitime défense lorsque l’acte est proportionné à l’agression. Il faut que la riposte intervienne au moment de l’attaque, et non après, ce que reprochent les juges à Jacqueline Sauvage.

Libération a pris position en s'adressant à François Hollande, le 23 décembre. (Crédit photo : LeMonde.fr)
Libération a pris position en s’adressant à François Hollande, le 23 décembre. (Crédit photo : LeMonde.fr)

Soulèvement populaire

L’emballement médiatique et populaire s’est mis en marche à la suite du jugement rendu en Cour d’appel, début décembre. Le collectif féministe Les Dé-chaînées ont démarré, le 8 décembre, une collecte en ligne pour rendre la vie de Mme Sauvage en prison plus agréable. « Nous ne changerons pas le cours de l’histoire de Jacqueline Sauvage avec une pétition. Mais nous pouvons rendre son incarcération un peu moins dure en lui permettant de cantiner sans peine », peut-on lire sur le site de la collecte qui a réuni plus de 15 600€.

Les Dé-Chaînées précise que son procès « illustre également une justice toujours prompte à blâmer les victimes de violences conjugales « Pourquoi ne partez-vous pas » « Pourquoi supportez-vous cela » sans prendre en compte les mécanismes de traumas et d’emprise. »

Le premier rassemblement s’est déroulé à Paris le 12 décembre. Les messages de soutien et autres manifestations se sont rapidement enchaînés. Le journal Libération a pris position en titrant en « Une », le 23 décembre : « Monsieur le Président, Libérez Jacqueline Sauvage ».

L’association Osez le féminisme ! a qualifié la décision de la Cour d’appel de « déni de liberté ». Le Monde rapporte que l’organisme a exigé « que soit étudié l’élargissement de la présomption de légitime défense aux femmes victimes de violences, comme c’est le cas au Canada depuis 1990 ».

Des militantes Femen creusent un trou devant la prison où Jacqueline Sauvage purge sa peine. (Crédit vidéo : Youtube/@Onzin)

Sept militantes Femen ont manifesté devant la prison Orléans-Saran, où Jacqueline Sauvage purge sa peine, le 22 décembre. Elles ont creusé un trou devant le centre pénitencier, symbolisant l’évasion de la condamnée, scandant « Libérez, Jacqueline, justice, Sauvage ».

Le lendemain, 23 décembre, plusieurs manifestations ont eu lieu à travers la France. Place de la Bastille à Paris, avec une « démarche qui ne provient d’aucune organisation en particulier, mais plutôt d’une détermination collective », indique MetroNews. A Quimper, plusieurs militants féministes se sont rassemblés, à l’initiative du Planning familial de Douarnenez. Ils ont lu une lettre écrite par le collectif Les Effrontées pour que François Hollande accorde à Jacqueline Sauvage la grâce présidentielle.

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Une femme meurt tous les deux jours et demi de violences conjugales

L’affaire Jacqueline Sauvage symbolise la prise en charge par la justice des femmes battues au sein d’un couple. En France, une femme meurt tous les deux jours et demi à la suite de violences conjugales. Parmi les femmes qui se déclarent victimes, seules 16% d’entre elles portent plainte.

Les violences conjugales peuvent être d’ordres psychologiques (harcèlement moral, insultes, menaces), physiques ou sexuelles. Le site du Service Public précise que « la relation de couple ne justifie pas qu’une personne soit forcée d’avoir des relations sexuelles avec son conjoint ».

Les chiffres clés des violences conjugales en France. (Crédit : LS)
Les chiffres clés des violences conjugales en France. (Crédit : LS)

D’après le Service Public, en France, en cas de violences fréquentes et d’incapacité totale de travail (ITT) inférieure ou égale à 8 jours, la peine maximale est de 5 ans de prison et 75 000€ d’amende. Supérieure à 8 jours, elle est de 10 ans de prison et 150 000 d’amende.

Dans le cas de violences ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, la peine est de 20 ans de prison, si la justice vise un seul cas de violences et de 30 ans de prison, si la mort a été causée par des violences répétées. En cas de meurtre ou tentative de meurtre, le coupable est condamné à la prison à perpétuité.

Jacqueline Sauvage purge sa peine depuis deux ans et demi et doit effectuer la même durée pour terminer sa période de sûreté. Elle pourra alors formuler une demande de libération conditionnelle. Elle peut former un pourvoi en cassation mais cette instance juge de l’application du droit et non de la culpabilité de l’accusé. La grâce présidentielle reste le derniers recours pour que Jacqueline Sauvage recouvre la liberté.

Lauriane Sandrini

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