Les femmes évincées dans les médias audiovisuels

A l’ère où les médias audiovisuels se multiplient et gagnent en audience, les experts et intervenants restent majoritairement des hommes. Un sexisme présent depuis plusieurs années qui poussent certaines femmes à se mobiliser.

Les femmes sont majoritaires dans la population française mais minoritaires à la télévision. Une étude menée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) le 2 décembre révèle qu’en 2015, 37% des personnes apparaissant à la télévision sont des femmes. Pour réaliser cette étude, le CSA a examiné plus de 1 600 programmes sur 16 chaînes différentes.

Dans les rendez-vous d’information, France Info, qui dévoile l’étude, précise que le partage des rôles est « toujours très net : des femmes invitées à intervenir en tant que témoins, des hommes eux conviés en qualité d’expert ». Déjà en 2014, les femmes ne représentaient que 20% des expertes interrogées à la télévision, d’après une étude menée par INA Stat (Institut National de l’audiovisuel). A la radio, le nombre chute à 17% contre 15% en presse écrite.

Frédéric TADDEÏ, Ruth ELKRIEF, Robert NAMIAS et Christophe CARRON lors de l'émission Ce soir ou jamais sur France 2. (Crédit photo : Julien KNAUB / France Télévisions)
Frédéric TADDEÏ, Ruth ELKRIEF, Robert NAMIAS et Christophe CARRON lors de l’émission Ce soir ou jamais sur France 2. (Crédit photo : Julien KNAUB / France Télévisions)

Les femmes témoignent, les hommes analysent

« On ne s’en rend pas compte car, dans l’inconscient collectif, dès qu’il y a une femme, on a l’impression qu’elle prend toute la place, décrypte Françoise Laborde, ex-membre du CSA et présidente de l’association Pour les femmes dans les médias. Les mesures chiffrées sont donc indispensables pour donner une vision objective de la situation. On ne peut pas vivre en 2015 dans une démocratie où la moitié de la population est considérée comme subalterne. »

Les femmes sont, d’après INA Stat, cinq fois plus citées par leur prénom et trois fois plus en tant que mère de, fille de. L’Obs précise dans un article qu’elles sont invitées à réagir plus fréquemment sur des sujets de santé ou d’éducation plutôt que sur de l’économie ou de la défense. « En un mot, sur le petit écran, tout ce qui est futile ou quotidien est une affaire de femmes. Tout ce qui réclame compétence, réflexion et analyse, une affaire de mecs », résume Hélène Riffaudeau, auteure de l’article. Pour Brigitte Grésy, membre du conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, « si 83 % des femmes travaillent, il n’y a aucune raison de si peu leur demander de s’exprimer en tant que professionnelles ». Les statistiques de l’INA indiquent que le temps de parole des femmes sur les plateaux est moindre que celui des hommes.

Sylvie Pierre-Brossolette, journaliste et membre du CSA, suggère que « le fait que les femmes soient minoritaires aux commandes explique en partie leur faible présence à l’antenne ». L’Obs indique que, dans les médias, les femmes représentent 30% de la hiérarchie intermédiaire et 10% des fonctions de direction.

Plateau de l'émission C dans l'air. Le manque de femmes est évident. (Crédit photo : capture d'écran Youtube)
Plateau de l’émission C dans l’air. Le manque de femmes est évident. (Crédit photo : capture d’écran Youtube)

Un projet de loi pour sanctionner ce sexisme

La question de la place des femmes dans les médias préoccupait déjà l’INA en 2013. Deux études ont été réalisées révélant que les femmes représentaient moins de 20% des spécialistes et témoins dans les journaux télévisés de 20h ou d’avant soirée. Parmi les coupables : l’émission « C dans l’air » diffusée sur France 5 qui destinait 84% de temps de parole aux hommes et affichait, en 2011, 11% de femmes expertes.

En réaction directe, Le CSA a demandé aux chaines de télévisions de s’engager pour « faire progresser le paysage en faveur d’un meilleur équilibre hommes-femmes », indique un communiqué de l’organisme.

Un projet de loi a été adopté par le Parlement en juillet 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Un des objectifs est de combattre l’inéquitable représentation médiatique des femmes. Le CSA peut ainsi sanctionner les médias qui s’écartent de cette finalité.

Capture d'écran du site du Guide des Expertes. (Crédit photo : expertes.eu)
Capture d’écran du site du Guide des Expertes. (Crédit photo : expertes.eu)

Les journalistes se mobilisent

Outre les organes officiels, plusieurs femmes journalistes se sont rassemblées pour veiller à leur juste représentation dans les médias audiovisuels. France Televisions, Radio France et le groupe Egalis (qui regroupe des organisations spécialistes de l’égalité) ont lancé en juin une version numérique du Guide des Expertes qui recense plus de mille expertes sur deux cents thématiques. Leur site internet indique que le but est de « participer à la visibilité des femmes dans l’espace public et les médias ».

Le Guide des Expertes a été créé en 2012 par Chekeba Hachemi, auteure et femme politique franco-afghane, et Marie-Françoise Colombani, journaliste.

Le collectif de femmes journalistes Prenons la Une, créé en janvier 2014, vise quant à lui « une juste représentation des femmes dans les médias et l’égalité professionnelle dans les rédactions ». Il rassemble une trentaine de journalistes de médias web, radio, TV et presse écrite. Le collectif a publié son manifeste dans Libération et a rassemblé plus de deux cents signatures.

L’association Pour les femmes dans les médias a été lancée à l’initiative de Françoise Laborde et Laura Lemens Boy, directrice générale de LLB Medias, en 2012. Le but est « d’encourager les femmes à trouver leur place dans les médias aussi bien dans la hiérarchie que sur les antennes », indique leur site internet. L’association, qui regroupe des femmes issues des médias, agit notamment comme Think tank auprès des institutions, organisations et sociétés publiques et privées.

Malgré l’expansion de la mobilisation contre le sexisme dans les médias, ce dernier continue à paralyser les femmes. Le rapport du Global Media Monitoring Project sur les représentations des femmes dans les médias, publié en novembre, signale que les femmes représentent, en 2015, 24% des personnes qui sont entendu, vu ou qui sont l’objet des nouvelles dans les médias traditionnels et numériques. Le rapport stipule que la situation reste inchangée depuis 2010 et que l’invisibilité médiatique féminine se ressent dans les réseaux sociaux.

Lauriane Sandrini

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