IVG en France : légale mais contestée

L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est légale depuis 1975, depuis la loi qui porte le nom de Simone Veil, ministre de la santé à l’origine de ce projet de loi. 40 ans après, l’IVG reste autorisée mais n’est néanmoins pas acceptée par toute la population.

A l’occasion de la Journée mondiale pour le droit à l’avortement, le 28 septembre, Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, a mis en place un numéro vert afin de mieux informer les femmes sur l’IVG.

Ce numéro gratuit (0.800.08.11.11) ne laisse aucune trace sur la facture téléphonique. Il est également le seul à être national ; il n’existait jusqu’alors que des antennes régionales. D’après Le Parisien, ce nouveau service est accessible 6 jours sur 7, du mardi au samedi de 9 heures à 20 heures et le lundi de 9 heures à 22 heures.

Il « permettra à toutes les femmes, quel que soit le lieu de leur domicile, d’avoir une information claire, objective et bienveillante, grâce à nos 100 écoutants répartis sur le territoire qui connaissent parfaitement le terrain, les bonnes adresses », a expliqué Véronique Sehier, coprésidente du Mouvement français pour le Planning familial.

En effet, l’accès aux informations concernant l’IVG est actuellement délicat, ce que dénonce un rapport daté du 7 novembre 2013 du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes : « des délais d’attente pouvant être importants », « les distances à parcourir longues », « la possibilité de choisir la méthode et le mode d’anesthésie pas toujours garantie », « la confidentialité et la gratuité pas toujours assurées », « des refus de prise en charge après dix semaines de grossesse ». Ce manque d’information et d’accessibilité peut être, d’après le Parisien, une des raisons pour lesquelles 3 500 à 5 000 femmes décident d’avorter à l’étranger.

L’IVG en France expliqué par France Info. (Crédit vidéo : DailyMotion/@FranceInfo)

Le 18 et 29 septembre, le Sénat a également apporté plusieurs modifications au projet de loi santé de Marisol Touraine. D’un côté, les sages-femmes sont désormais autorisées à pratiquer l’IVG médicamenteuse. De l’autre, le délai de réflexion imposé aux femmes demandant une IVG est supprimé. « Pour ses détracteurs, ces sept jours de réflexion ont pour principal objectif de faire culpabiliser les femmes et de les inciter à renoncer à leur projet d’avortement », souligne Metro-News. Les Républicains ne sont pas de cet avis et ont annoncé qu’une fois la loi définitivement adoptée, ils saisiraient le Conseil constitutionnel pour demander le rétablissement du délai de réflexion.

L’IVG répété augmente

L’Institut national d’études démographiques (INED) a publié une étude, en janvier dernier, qui analyse l’évolution du recours à l’IVG en France. Elle s’est appuyée sur les bulletins obligatoirement remplis par les médecins après tout avortement depuis l’adoption de la loi Veil en 1975.

En France, il y a en moyenne 220 000 avortements par an, soit une grossesse sur cinq d’après les statistiques du ministère de la Santé. Un nombre désormais stable « depuis la fin des années 2 000 » après une baisse de 0,53 IVG par femme en moyenne au cours de sa vie en 2011, contre 0,66 en 1975.

Néanmoins, l’étude souligne que « la part des IVG répétées augmente régulièrement. Un tiers des femmes (33 %) ont recours au moins une fois à l’IVG au cours de leur vie, dont 10 % deux fois et 4 % trois fois ou davantage. »

Un fait qu’explique Laurent Toulemon, chercheur à l’Ined, par l’acceptation de l’IVG par le personnel médical. « Depuis la légalisation de l’IVG, les jeunes femmes se sentent plus libres de ne pas mener une grossesse imprévue. D’autant que la réprobation du corps social et médical est moindre qu’autrefois. »

La réalité de l’IVG en France

Dans la pratique, il existe de nombreux témoignages de femmes jugées et culpabilisées par le corps médical. C’est l’histoire que raconte, en tweets, la psychologue de Fred.

Pour accéder à la tweetstory, cliquez sur les photos ci-dessous.

Les femmes doivent aussi faire face à la pression que leur compagnon leur fait subir. Le livre Le traumatisme post-avortement, publié en 2007 par Florence Allard et Jean-Régis Fropo recueille une multitude de témoignages qui font états des troubles psychiques après une IVG. « Après l’opération, toutes pleuraient, et l’une hurlait « my baby, my baby ». C’est son petit ami qui l’avait exigé. »

La presse est également un moyen de raconter son traumatisme post-IVG, tel que ce témoignage paru dans le magazine Elle : « J’ai avorté en 1996, parce que mon compagnon n’était pas prêt à assumer un enfant. Depuis, il ne s’est pas passé une journée sans que j’éprouve regrets, remords, honte et chagrin. Si je pouvais revenir en arrière, j’enverrais cet homme sur les roses et je garderais mon enfant pour l’aimer autant que j’aime maintenant ce petit garçon que je viens d’avoir et dont je suis folle. Mais il est trop tard, hélas. Alors, quand je lis que des femmes ont avorté trois ou quatre fois sans états d’âme, franchement, je regrette qu’elles aient des enfants. »

La culpabilisation s’effectue également sur Internet. La journaliste de Radio France Anne Brunel a publié une enquête, le 2 octobre, sur la stratégie des militants anti-IVG sur le net. Elle révèle que des associations telles que  SOS détresse ou Alliance VITA, créée par la députée Christine Boutin en 1993, sont les propriétaires de sites qui, derrière leur voile apparent de confort et d’aide, incitent les femmes à ne pas avorter.

« Mais on observe aussi que parmi les tout premiers résultats proposés par Google à cette simple recherche « IVG », remontent, dès la première page, des sites comme ivg.net ; ecouteivg.org ou encore sosbebe.org, des sites qui proposent avant tout de l’écoute téléphonique, une disponibilité par mail et, eux aussi, toute sortes de ressources pratiques en ligne. […] Une véritable représentation de l’écoute et du conseil, une forme d’empathie qui peut au premier coup d’œil inspirer confiance. Et surtout de TRES nombreux témoignages qui, dans leur immense majorité, dissuadent franchement de choisir l’option avortement, évoquant la douleur, les remords, le risque sanitaire, etc. »

Extrait de la campagne menée par le gouvernement et Marisol Touraine. (Crédit photo : mutualité.fr)
Extrait de la campagne menée par le gouvernement et Marisol Touraine. (Crédit photo : mutualité.fr)

Metro-News s’est également prêté au jeu de l’enquête. Une journaliste s’est faite passée pour « Sophie, la vingtaine, vendeuse en magasin, qui a constaté la veille que son test de grossesse était positif ». Elle a donc appelé le numéro vert associé au site Ivg.net, dénoncé dans l’enquête de la journaliste de Radio France.

Au bout du fil, « Sophie » a parlé à une « dame, d’un certain âge, en voiture ou dans la rue ». Ce numéro ne renvoie donc pas à un centre d’appel mais à un numéro particulier. Après un laïus sur les moyens contraceptifs inefficaces, l’interlocutrice de Sophie l’incite à garder l’enfant.  « Tu sais, tu peux le faire toute seule au début et trouver un mec après. Avoir un bébé, ça aide à trouver quelqu’un de sérieux, parce que ça empêche de coucher à droite, à gauche. Tu peux même tester ton copain. S’il te demande d’avorter, alors ce n’est pas un mec bien. »

Le coup final vient après. « Ecoute-moi, Sophie. L’avortement, c’est très dur. Ça fait très mal. Par voie médicamenteuse, tu perds le bébé dans les toilettes et tu le vois. Par aspiration, on écrase le bébé avant de l’aspirer. On n’oublie jamais ça. Il faut que tu te regardes dans la glace et que tu te demandes si tu es prête à le supprimer. On ne regrette jamais d’avoir un bébé, tu m’entends ? » Une méthode que la journaliste qualifie d’« intimidante », à proprement parlé.

Le pape François redéfinit la vision de l'Eglise et prône une plus grande tolérance. (Crédit photo : REUTERS/Tony Gentile)
Le pape François redéfinit la vision de l’Eglise et prône une plus grande tolérance. (Crédit photo : REUTERS/Tony Gentile)

L’anti IVG le plus populaire reste évidemment l’Eglise de France, qui a confessé dans un communiqué le 30 septembre leur rejet pur et simple de l’avortement. La Conférence des évêques de France (CEF) a en effet dénoncé « l’approche individualiste du drame de l’avortement ».

La CEF indique également ce qu’elle estime comme « des mesures inquiétantes » prises par le gouvernement, telles que « l’assouplissement de la délivrance de la contraception d’urgence aux élèves mineures, l’intégration du nombre d’IVG dans les contrats d’objectifs des ARS, l’autorisation pour les centres de santé à pratiquer des IVG, la fin du délai obligatoire. »

Le pape François a, pour sa part, autorisé les prêtres à pardonner l’avortement à l’occasion de l’année jubilaire. Dans une lettre rendue publique le 1er septembre, le Saint-Père a écrit avoir « décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué, et qui, le cœur repenti, en demandent pardon. »

Lauriane Sandrini

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