« Ecoféminisme » : le nouveau concept

Artiste engagée, Bouchera Azzouz lutte pour l’amélioration des conditions des femmes et leur émancipation. La réalisatrice du documentaire Nos mères, nos daronnes, projeté vendredi au Festival du livre de Mouans-Sartoux, évoque son ouvrage Les femmes au secours de la République, de l’Europe et du monde, co-écrit avec Corinne Lepage. Abordant les thèmes du féminisme populaire et de l’écoféminisme, l’auteure défend avec passion une égalité absolue. Entretien.

Bouchera Azzouz dédicace son ouvrage au Festival du livre de Mouans-Sartoux, samedi 3 octobre. (Crédit photo : Guillaume Soudat)
Bouchera Azzouz dédicace son ouvrage au Festival du livre de Mouans-Sartoux, samedi 3 octobre. (Crédit photo : Guillaume Soudat)

Comment expliquez-vous qu’un ouvrage soit né d’une « rencontre improbable » entre l’ex-secrétaire générale de Ni Putes Ni Soumises et une ancienne ministre de l’Environnement ?

Je ne me dis pas que c’est l’ex-secrétaire générale d’un mouvement associatif. C’est surtout une fille issue des quartiers populaires qui rencontre une femme plutôt issue de la bourgeoisie. C’est ça, la rencontre improbable. Cette dernière a pu se faire grâce à notre ouverture d’esprit. Ce besoin de se confronter à des points de vue différents fait qu’on se rencontre alors que nos milieux sociaux auraient dû empêcher ça. Si j’étais restée à ma place et elle à la sienne, on ne se serait jamais trouvées. Cette réunion a donné naissance à un écoféminisme.

Pensez-vous que l’écoféminisme est une nouvelle forme de féminisme ?

Le féminisme oblige les femmes à être très actuelles, très au fait des problématiques immédiates qui se posent dans la société. Et l’écologie est justement une manière de replacer l’humain au centre de la société. L’écologie et le féminisme sont ainsi deux notions complémentaires.

Vous affirmez que la femme est plus à même que l’homme de gouverner. Dans cette société où les femmes gouverneraient, quelle place attribuez-vous aux hommes ?

Egalité stricto sensu. Il ne s’agit pas de remplacer un patriarcat par un matriarcat. Ce n’est pas la vision des femmes. En revanche, ça a été celle des hommes. Nos sociétés sont patriarcales, ce qui veut dire qu’elles excluent les femmes. Nous ne sommes pas pour une discrimination mais pour l’égalité. C’est pourquoi je dis « Les femmes au secours de la République ». Parce que, finalement, nous, les femmes, restons accrochées fondamentalement à une cohérence des valeurs de la République : égalité, liberté, fraternité, justice sociale. Notre condition nous oblige à respecter rigoureusement ces valeurs-là. Les femmes ont ainsi une cohérence politique bien plus élevée que les hommes.

La couverture de l'ouvrage de Bouchera Azzouz et Corinne Lepage. (Crédit photo : atlasinfo.fr)
La couverture de l’ouvrage de Bouchera Azzouz et Corinne Lepage. (Crédit photo : atlasinfo.fr)

Il y a actuellement des femmes au pouvoir qui sont des sortes de contre exemples, telle que Dilma Rousseff, qui n’arrive pas à réduire les inégalités sociales et qui s’est mis à dos les classes les plus populaires. Affirmez-vous toujours que mettre une femme à la tête d’un gouvernement réduirait tous les problèmes de la société ?

Le titre du livre est volontairement provocateur. Mais quand on dit les femmes, ce n’est pas simplement les femmes en général. Quand on analyse la société d’aujourd’hui par rapport à leur prisme, on s’aperçoit qu’elles en sont le maillon faible. Elles sont les plus économiquement dans une situation de relégation. Elles sont les plus au chômage, les plus éloignées de la formation, les plus précaires, les plus pauvres. Ce n’est pas un hasard. Une société qui saurait mettre en place des politiques publiques ambitieuses leur permettrait d’atteindre cette égalité avec les hommes. Ce serait une société qui serait en capacité d’affronter tous les défis de la République aujourd’hui, et ils sont nombreux. Mais tant qu’on n’est pas en capacité de garantir aux femmes l’accès à leurs droits et l’accès à leur émancipation légitime, c’est-à-dire à trouver leur place dans la société ailleurs que dans l’assignation à la sphère privée et familiale, on va à la catastrophe. L’idée, quand on lit ce livre, ce n’est pas de dire que les femmes feront mieux que les hommes. Il s’agit d’aborder la société par le prisme des femmes pour leur garantir l’accès à leurs droits et à leur émancipation, ce qui permettra à la République de relever tous les défis.

Marine Le Pen est actuellement une des femmes politiques les plus populaires en France. Que pensez-vous de son ascension ?

Hélas, la France, portée par Marine Le Pen, qui a cette vision anti libérale et anti sociale, est un danger. Elle porte une partie des revendications qui font échos dans les problématiques du quotidien des gens, ce que certains politiques n’ont pas réussi à porter. Ils sont tombés dans le panneau qu’elle-même a d’ailleurs abandonné, sur la question de l’immigration. Elle ne fait plus son beurre là-dessus. Elle a compris qu’il fallait être ailleurs. Je trouve que c’est extrêmement dangereux pour la France et pour les femmes sur le terrain, qui sont extrêmement mobilisées sur maintenir le lien social quand économiquement tout fout le camp. On est quand même les personnes sur lesquelles repose aujourd’hui ce petit équilibre très fragile qui fait que la société tient encore dans des endroits où ça devrait bien plus craquer. On les urgentistes du social. Nous sommes en danger. Si je dis les femmes au secours de la République, c’est parce qu’il y a un danger que je pressens, et je suis très pessimiste même si je suis pleine d’espoir. Mais si on continue comme ça, on va aller au bout de notre logique qui va hélas donner force au Front National.

Propos recueillis par Lauriane Sandrini

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