La virginité, obstacle pour la police indonésienne

Dans un rapport publié en novembre dernier, l’organisation Human Rights Watch (HRW) dénonce le recrutement sexiste de la police nationale indonésienne. Une pratique qu’elle qualifie de « cruelle, inhumaine et dégradante ».

En Indonésie, les femmes qui souhaitent entrer dans la police nationale sont obligées de subir un test de virginité, plus communément appelé « test à deux doigts ». Pratiqué par les médecins de la police et de l’armée, il a pour but de vérifier si l’hymen de la candidate est intact. Les femmes mariées ne peuvent donc pas postuler. Celles qui échouent ne sont pas nécessairement expulsées des forces armées, mais chacune souligne que ce test est douloureux et traumatisant.

« Nous avons dû nous déshabiller alors qu’il y avait vingt personnes dans la pièce. Nous ne nous connaissions pas. C’était très perturbant. J’avais peur de perdre ma virginité à cause du test. Ils ont introduit deux doigts. Ça faisait mal. J’ai une amie qui s’est évanouie tellement ça faisait mal », raconte une Indonésienne de 24 ans qui témoigne dans le rapport de HRW.

Malgré le déni de la police indonésienne, les fiancées de certains officiers doivent également endurer le test. « Certaines futures épouses d’officiers [y] échappent, car leurs futurs maris sont des fils de hauts gradés. Dans ce cas-là, tout le monde s’arrange… Mais tel n’était pas notre cas, puisque mon mari n’est pas issu d’une famille de soldats. En 2008, j’ai été obligée de subir le test de virginité », révèle la femme d’un militaire à HRW.

Les témoignages, en anglais, recueillis par HRW. (Crédit vidéo : Youtube/HumanRightsWatch)

Le déni malgré les preuves

« Ce test de la police est une pratique discriminatoire qui blesse et humilie les femmes » explique Nisha Varia, spécialiste des droits des femmes pour l’organisation internationale. « Les autorités doivent cesser immédiatement et pour de bon la pratique de ce test ».

D’après le rapport de l’organisation, de nombreuses policières ont soulevé le problème avec de hauts fonctionnaires de police, en vain. Ils ont prétendu que cette pratique avait cessée. On peut néanmoins lire sur le portail du site officiel de recrutement de la police indonésienne que le test est toujours considéré comme une étape du processus : « en plus des tests médicaux et physiques, les femmes qui veulent être policières doivent également subir des tests de virginité », est-il indiqué.

HRW a également mis la main sur une note écrite en 2012 par une organisation internationale qui a aidé la police nationale lors d’un programme d’entrainement. Cette note cite une lettre, datant de juillet 2008 et signée par un cadre supérieur, dans laquelle il décrit le besoin d’inspecter l’hymen des femmes candidates dans le but de s’assurer de leur virginité.

Actuellement, les femmes représentent 3% de la police nationale indonésienne. (Crédit photo : Photo Adek Berry / AFP)
Actuellement, les femmes représentent 3% de la police nationale indonésienne. (Crédit photo : Photo Adek Berry / AFP)

Les relations sexuelles nuisent à la forme physique et mentale

Pour justifier cette pratique, déjà en vigueur en 1965 d’après le témoignage d’une retraitée de la police, les militaires partisans du test affirment que celui-ci est destiné à « préserver la dignité et l’honneur de la nation ». Certains affirment même que, sans ce test, « des prostituées [pourraient] entrer dans les forces de police ».

Le porte-parole de l’armée, le général Fuad Basya, a pour sa part indiqué que le test était imposé afin de garantir la « forme physique et mentale » des candidates. « Si la défloration est due à un accident, il se peut malgré tout que la future recrue puisse entrer dans l’armée. Mais tel ne sera pas le cas si la rupture de l’hymen a été causée par des relations sexuelles », a-t-il précisé.

En réponse à HRW, la police indonésienne a stipulé que les candidats de chaque sexe subissaient « un examen de santé complet » afin de prévenir les cas de maladies sexuellement transmissible, comme le souligne FranceSoir.

Des tests contraires aux lois internationales

Après la publication du rapport, HRW a recommandé à l’armée « [d’]immédiatement mettre fin à ces examens de virginité contraires à l’interdiction des traitements cruels, inhumains et dégradants prévue dans le droit international ». L’article sept du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et l’article seize de la Convention contre la torture, que l’Indonésie a ratifiés, condamnent en effet les tests de virginité comme une violation des droits de l’homme.

La haut-commissaire Rumiati, une psychologue qui travaille à l’Ecole des sciences policières à Jakarta, a expliqué à HRW qu’elle a dû subir le « test des deux doigts » à son entrée dans les forces armées. Elle regrette que l’Indonésie continue à pratiquer cet acte discriminatoire. « De nombreuses lois indonésiennes […] prohibent la discrimination contre des femmes. Comment la police nationale peut-elle faire respecter les lois quand elle-même n’y obéit pas ? »

Pour le psychologue Markus Russin, qui s’exprime dans les colonnes du quotidien The Jakarta Post, le test de virginité démontre, en plus d’une forme de discrimination, d’un problème social ancré dans la population indonésienne : « [il] pose aussi un problème plus fondamental : celui d’une société dans laquelle la pauvreté et le manque d’éducation ont pour effet ce genre d’inexcusables pressions exercées sur les femmes et leur droit à choisir la possibilité d’expérimenter librement leur propre sexualité ».

Des membres des forces armées indonésiennes, le 22 avril 2013, à Jakarta. (Crédit photo : ADEK BERRY / FILES / AFP)
Des membres des forces armées indonésiennes, le 22 avril 2013, à Jakarta. (Crédit photo : ADEK BERRY / FILES / AFP)

Ce n’est pas la première fois que l’Indonésie se fait remarquer pour ses tendances à préserver la virginité de ses citoyennes. En 2013, Muhammad Rasyid, un responsable du gouvernement de la province sud de Sumatra, avait proposé aux lycéennes de 16 à 19 ans de pratiquer des tests de virginité obligatoires. Cet examen, qui aurait eu lieu chaque année jusqu’à l’obtention du diplôme, visait à « protéger les enfants contre la prostitution et le sexe libre », avait souligné The Guardian.

Les tendances conservatrices de l’Indonésie ne sont néanmoins pas les seules à avoir été épinglées. Dans son rapport, HRW a dénoncé l’utilisation abusive d’examens de virginité par la police dans plusieurs autres pays, y compris l’Egypte, l’Inde et l’Afghanistan.

Lauriane Sandrini

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