L’Inde et sa culture du viol

Le 31 juillet, deux sœurs indiennes ont été condamnées à être violées et exposées nues sans n’avoir commis aucun crime. L’occasion de faire le point sur ce pays où les femmes sont persécutées et où leurs droits sont ignorés.

L’Inde est un des pays les plus dangereux du monde pour les femmes, d’après le Forum économique mondial sur l’égalité femmes-hommes. Ce classement se révèle être une fois de plus pertinent suite à l’histoire de deux jeunes sœurs.

Dans l’Etat de l’Uttar Pradesh au nord de l’Inde, Meenakshi Kumari, 23 ans, et sa sœur cadette de 15 ans, ont été condamnées à être violées et exposées nues, le visage peint en noir. Pourquoi ? Leur frère, Ravi, issu de la caste basse des Intouchables, s’est enfui, en février dernier, avec une femme mariée appartenant à la caste des Jats, une caste supérieure.

Le verdict a été rendu par le conseil des anciens, le Panchayat, « un conseil de village exclusivement masculin et dont les membres ne sont pas élus », a expliqué Amnesty International. D’après le média indien Zee media, cette sentence a été fixée dans l’optique de déshonorer la famille de ces deux sœurs.

Femmes indiennes lors d'une veille de solidarité avec une nonne violée, mars 2015. (Crédit photo : Rupak De Chowdhuri/Reuters)
Des indiennes lors d’une veille de solidarité pour une nonne violée en mars . (Crédit photo : Rupak De Chowdhuri/Reuters)

Bien que les jugements des Panchayat ne soient pas reconnus par les tribunaux, ils sont surnommés « tribunaux de pacotille » par la Cour suprême d’Inde, le conseil garde une influence réelle. « Dans le panchayat, la décision des Jats est définitive. Ils ne nous écoutent pas. La police ne nous écoute pas. La police a dit que n’importe qui pouvait être assassiné maintenant », a souligné Sumit Kumar, un autre frère des deux sœurs condamnées.

Ainsi que le rapporte le Time, Meenakshi Kumari a saisi par la suite la Cour suprême d’Inde. Elle y a demandé une protection pour elle et sa famille, expliquant qu’ils ont dû prendre la fuite depuis que des membres de la caste des Jats avaient pillé et détruit leur maison.

La Cour suprême a demandé à l’Etat de l’Uttar Pradesh de répondre à cette requête d’ici le 15 septembre. Cela risque néanmoins d’aboutir à un cul de sac, la police du district de Bhagpat où se trouve le village affirmant n’avoir pas trouvé de trace de ce conseil des anciens. Interrogé par l’AFP, le chef de la police, Sharad Sachan, assure également n’avoir décelé aucune menace de viol à l’encontre des deux sœurs. « Nous avons enquêté sur les accusations et constaté que le conseil n’avait pas débattu de cette affaire et que les menaces n’avaient pas été proférées à l’encontre de ces femmes. »

Cette histoire a soulevé une multitude de réactions, dont a abouti une pétition lancée par Amnesty International. L’ONG a déjà récolté plus de 322 732 signatures, soit plus que le seuil requis des 300 000.

Une manifestation contre le viol à Calcutta, le 3 janvier 2014. (Crédit photo : Dibyangshu Sarkar / AFP)
Des femmes manifestent contre le viol à Calcutta, le 3 janvier 2014. (Crédit photo : Dibyangshu Sarkar / AFP)

Des agressions sexuelles constantes

L’Inde n’est pas à son premier cas de viol « légal ». En janvier dernier, dans le village de Subalpur, dans le Bengale occidental, une jeune femme de 20 ans a été condamnée à un viol collectif par un conseil des anciens. Ce jugement est intervenu en représailles d’une relation amoureuse avec un homme d’une autre communauté.

Le responsable policier du district, C. Sudhakar, a détaillé à l’AFP les circonstances de l’agression : « La jeune fille et son amoureux ont été attachés à deux arbres différents et condamnés à une amende de 25 000 roupies chacun pour avoir eu une liaison. Les parents de la jeune fille étaient aussi présents à cette réunion et ont dit être dans l’incapacité de payer, aussi le chef du conseil de village a-t-il ordonné en punition qu’elle soit violée par les habitants. »

Les propos tenus par le violeur de (Crédit photo : arunimabasu.wordpress.com)
Les propos tenus par le violeur de Jyoti Singh. (Crédit photo : arunimabasu.wordpress.com)

Un autre cas de viol a marqué l’Inde par sa cruauté. En 2012, à New Delhi, une jeune étudiante indienne de 23 ans prénommée Jyoti Singh est violée et rouée de coups, avant d’être laissée pour morte par sa dizaine d’agresseurs.

Cette affaire a inspiré la réalisatrice britannique Leslee Udwin, qui a réalisé un documentaire, depuis censuré par le gouvernement, nommé India’s Daughter. Dans celui-ci, Leslee Udwin interview Mukesh Singh, l’un des agresseurs condamné à mort qui tient un discours révélateur de la façon dont les femmes sont vues en Inde. « Pendant le viol, elle n’aurait pas dû se défendre, affirme-t-il. Elle aurait dû rester silencieuse et laisser faire. […] Une fille décente ne se balade pas dans la rue à 9 heures du soir. Une fille est largement plus responsable d’un viol qu’un garçon. »

Un des avocats de l’agresseur a également déclaré à la documentariste : « Vous parlez d’un homme et d’une femme comme des amis. Pardon, mais cela n’a pas de place dans notre société. Nous avons la meilleure culture. Dans notre culture, il n’y a pas de place pour la femme. »

Une police 100% féminine

Une unité de police féminine indienne déployée au Libéria en 2008. (Crédit photo : ONU/Christopher Herwig)
Une unité de police féminine indienne déployée au Libéria en 2008. (Crédit photo : ONU/Christopher Herwig)

L’Inde, c’est un viol toutes les 22 minutes. D’après Francetvinfo, une victime sur trois à moins de 18 ans. Le taux de condamnation stagne à 26%. Une loi précise en effet que « des relations sexuelles entre un mari et sa femme d’au moins seize ans ne constituent pas un viol ». Pour lutter contre ce fléau et favoriser la prise de parole, une cellule policière entièrement féminine a été mise en place dans la ville de Gurgaon, dans l’Etat de l’Haryana (nord de l’Inde).

Selon le National Crime Records Bureau, on aurait dénombré en 2014 dans cette région 8,974 crimes commis contre les femmes, dont 1 174 viols et 230 viols en réunion. Des nombres à analyser avec recul, puisqu’ils ne prennent pas en compte les cas où la victime ne prévient pas les autorités.

Celles-ci ont indiqué que cette cellule policière féminine constituait un test. Leur but est d’instaurer par la suite 21 antennes du même type dans d’autres districts de la ville. Chacune d’entre elles sera dotée d’un minimum de 38 policières qui auront tout pouvoir de décision sur la manière de gérer les opérations. Pour les cas d’interventions particulières, elles disposeront de 8 à 10 hommes pour les épauler.

Cette initiative démontre d’une volonté du gouvernement de diminuer les viols dans un pays qui s’y noie. Cela reste néanmoins bien superficiel compte tenu de l’ampleur du phénomène. Les mentalités et cultures sont peut-être celles à changer, plutôt que l’effectif policier.

Lauriane Sandrini

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