L’entreprise des femmes utilisées comme présentoirs

Un bar en Australie a récemment fait parler de lui pour avoir utilisé des femmes nues comme plateaux. L’occasion de rappeler que cette tendance n’est ni isolée, ni nouvelle.

Pour faire parler d’eux, les bars sont prêts à faire un peu tout et n’importe quoi, quitte à dépasser la limite du socialement correct. Le Cruise Bar, situé à Sidney en Australie, a organisé une soirée d’ouverture, le 26 août, basée sur le thème des tropiques. Touche exotique requise, les propriétaires ont décidé d’engager des femmes comme présentoirs à fruits.

Outre les soucis d’hygiène, les fruits étaient disposés à même le corps sans emballage ni protection, ce phénomène soulève des problèmes d’objectivation. Les femmes, seulement revêtues de culottes couleur chair, servaient littéralement de plateaux. Les invités pouvaient se servir directement sur elles, les modèles leur donnant même la becquée.

Des modèles hommes étaient également présents à la soirée. Vêtus de caleçons et maquillés, les serveurs  déambulaient à demi-nus. Cependant, ils n’étaient ni inanimés, ni réduits à l’état d’objets.

Rapidement, les gens ont commencé à critiquer l’action du bar. Sur leur page Facebook, on peut notamment lire la réaction de Jane Oakley, la responsable des Verts australiens. « Merci au Cruise Bar de montrer si ouvertement votre mépris pour les femmes et de contribuer à l’idée répugnante selon laquelle leur corps est un objet. Je ne viendrai pas chez vous si je cherche un endroit où sortir. »

Sur Twitter, les utilisateurs ont dénoncé une pratique « inacceptable », « sexiste » et « dégradante », comme le rapporte un article de Mashable.

D’après le Daily Mail Australia, des groupes défendant les droits des femmes ont appelé à un boycott du bar en raison « de l’objectivation » des femmes.

Melinda Liszewski, une porte-parole du groupe Collective Shout, qui lutte contre l’objectivation et la sexualisation des femmes, a pour sa part trouvé cet acte « profondément déroutant ». Interrogée par BuzzFeed News, elle a expliqué qu’« il est difficile de croire que quelqu’un trouverait ce traitement déshumanisant acceptable en 2015. »

Le Cruise Bar n’a pas souhaité répondre aux sollicitations des journalistes.

Une pratique courante

Le cas du Cruise Bar n’est pas isolé. D’après un article du FirstPost, le fait de transformer les femmes en plateaux ou tables est une tendance qui tend à se populariser, particulièrement aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Australie.

« La plupart des pays semblent avoir créé des agences avec des sites Web, comme celui de la corporate entertainment professionals au Royaume-Uni, qui promeuvent les thèmes de « femmes tables ». Une agence aux Etats-Unis désigne ces filles comme « un moyen magiquement surréel mais fonctionnel de présenter hors-d’œuvre, desserts, cartons de tables ou cadeaux. » Et ce n’est pas que des tables. On peut avoir des filles arbres, des filles paons aussi bien qu’une fille Geisha. »

Dans son article, FirstPost rappelle d’ailleurs que l’association Personnes pour un traitement éthique des animaux (PETA) a de la même façon utilisé des modèles presque nus couverts d’articles divers, tels que des fruits ou des légumes, dans une de ses campagnes, pour promouvoir le végétalisme.

Megan Lambert, habillée en table, lors d‘un mariage en Inde. (Crédit photo : Vice.com)
Megan Lambert, habillée en table, lors d‘un mariage en Inde. (Crédit photo : Vice.com)

En Inde, parmi les classes moyennes, il semble que la nouvelle mode grandissante soit  d’employer des filles blanches et occidentales pour faire diverses choses pendant les mariages, y compris être transformer en table.

Un édifiant témoignage publié sur Vice en juin 2014 raconte l’expérience d’une de ces femmes. « Ce soir, je suis un objet inanimé. Pas dans le sens d’objectivation « les femmes ne sont que de la viande ». Non. Ce soir, je vais être une table. Une table humaine. […] Distribuer des boissons, parée comme une table, puis rester debout et attendre qu’on me redépose dessus les verres vides. »

Le Japon, initiateur du mouvement

Le Nyotaimori, littéralement présentation sur le corps d’une femme et plus communément appelé corps sushi, consiste à déguster des sushis ou sashimis sur le corps nu d’une femme. Venue du Japon, cette pratique semble remonter à l’époque du dernier empereur du pays du soleil levant. Il s’agirait d’un rituel qui faisait partie de l’apprentissage de la geisha.

Interdit en Chine, le Nyotaimori se popularise en Afrique, en Amérique, en Europe et en Australie mais resterait peu pratiqué dans les pays asiatiques.

L’exemple d’un Nyotaimori sur le site NyotaimoriExperience. (Crédit photo : nyotaimoriexperience.com)
L’exemple d’un Nyotaimori sur le site NyotaimoriExperience. (Crédit photo : nyotaimoriexperience.com)

Il existe également une variante pour les hommes, le Nantaimori.

Une chose est sûre, manger des sushis à même le corps d’une femme ou d’un homme est devenu très commun. A Londres, on peut désormais manger au Kyoto Nights, un nouveau restaurant « naked sushi experience » tandis qu’à Miami, le King Fu Kitchen and Sushi propose le même service pour un prix minimum de 500$.

Lauriane Sandrini

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