Causeur et la terreur féministe : la femme castratrice

Le magazine Causeur a publié dans son numéro de juillet un dossier intitulé Causeur face à la terreur féministe. Une attaque frontale aux féministes.

Une femme blonde, mince, typée pin-up des années 50, avec une tronçonneuse à la main et un sourire aux lèvres. Voilà comment le magazine Causeur définit la féministe d’aujourd’hui. Mieux encore, il qualifie le mouvement féministe comme un « néo-féminisme débridé qui, de manifestes vengeurs en pénalisation des dragueurs, semble avoir pour projet d’abolir toute différence et de punir les hommes coupables de pulsions sexuelles ». Mise en garde finale avec le sous-titre du dossier, intitulé « sexisme, inégalités, harcèlements… Elles vous ont à l’œil! »

Elisabeth Lévy, la directrice de la rédaction du magazine (oui, la personne derrière ce dossier est une femme), ouvre le bal avec un édito pour le moins ironique. « Des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire! »

La une du numéro de juillet de Causeur. (Crédit photo : terrafemina.com)
La une du numéro de juillet de Causeur. (Crédit photo : terrafemina.com)

S’enchainent une dizaine d’articles qui feraient bondir n’importe quelle personne qui défend, un tant soit peu, les droits des femmes. Par exemple, le charmant Et le féminisme créa la pouffiasse, écrit par Paulina Dalmayer qui introduit, en douceur, le slut-shaming.

Ou encore l’article de Kevin Erkeletyan, savamment nommé Elles voient des machos partout. L’adage « Le problème, ce n’est pas que je vois du sexisme partout, mais que tu n’en vois nulle part » prend ici tout son sens.

Et le meilleur pour la fin : une interview de Brigitte Lahaie, auteur, animatrice radio et sexologue, titrée Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull. « Sans doute l’article le plus déprimant, en sachant que Brigitte Lahaie est une des sexologues les plus écoutées en France et qui parle ici de « pulsion masculine », dédouanant les hommes de tout contrôle de leur corps et excusant par là agressions sexuelles et viols… » résume le site Toutelaculture.

Top 5 des citations démesurées

Les Inrocks ont écrit un article à ce sujet, dévoilant le top 10 des citations outrancières du dossier de Causeur. Ils le décrivent d’ailleurs comme « visant à faire passer les féministes pour d’odieuses harpies qui manquent d’humour. »

Parmi ces dix citations, cinq sortent du lot tant elles sont exagérées.

« Il est doux de mener un combat déjà gagné. » Cela va sans dire, l’égalité homme/femme est parfaite. Pardon ? 24% d’écart de salaire ? Des femmes comme esclaves sexuelles ? Mais non voyons, les femmes inventent tout cela, c’est une machination.

« Il parait que nos arrière-grands-pères n’avaient pas à se soucier de faire plaisir à nos arrière-grands-mères. J’espère qu’ils en ont bien profité. La femme moderne, elle, doit jouir. Elle le clame et le réclame. » Quel supplice. Que les femmes sont égoïstes. Elles n’ont pas de désir, leur seul but est de combler celui de leur conjoint.

« Chantage sexuel? Ne s’agissait-il pas, plus simplement, de ce que l’on appelait dans un passé pas si lointain la “promotion canapé”, échange de services entre deux parties consentantes à ce négoce? » Une femme doit sa carrière aux petites gâteries et parties de jambes en l’air accordées au patron, c’est bien connu. Quelle serait la fierté de bâtir une carrière professionnelle par ses propres moyens ? Nulle.

« A ce propos, un soir j’étais aux putes à Anvers (…) Porte de la salle de bains ouverte, elle lavait son machin dans le bidet. Adios! Je renfilai mon manteau et déguerpis. (…) Dans la rue, je pensais au mâle que j’aurais pu être il y a un siècle. Ah! après l’avoir sautée, la beigne que je lui aurais flanquée avant de décamper sans payer! Et ce n’est même pas moi qui aurais passé la meilleure soirée. » Cette plume délicate appartient au journaliste Vincent Castagno, qui raconte avoir souhaité « vider son amertume » en allant aux putes. Sa frustration atteint la gent féminine, qui comprend et compatit.

« Rien ne les met plus en joie qu’un nouvel interdit, assorti de nouvelles sanctions. Rien, sinon le spectacle d’un homme à terre. » Ne l’oublions pas, la femme prend son pied lorsqu’elle castre sans hésitation chaque homme qui ose croiser son chemin.

« Les vraies victimes sont les dominants »

Eric Fassin, sociologue spécialiste des rapports entre les sexes, a été contacté par 20minutes. Il livre des réactions intéressantes par rapport au contenu du dossier de Causeur.

« C’est frappant de voir comme certains aujourd’hui considèrent que la principale menace pour la démocratie, c’est le féminisme. Pas la tyrannie financière, la terreur raciste ou le risque de voir le Front national au pouvoir, mais le féminisme. C’est un choix : parler de ce sujet permet d’éluder les autres. C’est une manière d’alimenter une réaction masculiniste. […] Ce « vous » [du sous-titre] dessine un portrait-robot du lecteur qui serait un homme. Il y a ici le fantasme de s’adresser à un public masculin qui n’aurait plus le droit de dire ou faire ce qu’il veut. C’est du Eric Zemmour dans le texte, cela rejoint son pamphlet anti-féministe, Le premier sexe. Dénoncer la posture victimaire des femmes sert en réalité à dire que les vraies victimes sont les dominants, en l’occurrence les hommes, comme s’ils n’avaient plus la parole, c’est du masculinisme victimaire. C’est le monde à l’envers et c’est faux. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à souffrir de violences : ce n’est pas de la victimisation, mais un combat contre la domination. »

La réponse des lectrices de Causette au dossier du magazine. (Crédit photo : Facebook / montage L'Express)
La réponse des lectrices de Causette au dossier du magazine. (Crédit photo : Facebook / montage L’Express)

La réaction des féministes

Face à la provocation évidente du magazine, la presse féminine, « bras armé de la terreur que font régner les féministes », et les associations ont répondu.

Le magazine Causette a fait savoir, sur son profil Facebook, le fond de sa pensée au « canard conservato-polémico-provocateur terrorisé par les méchantes féministes ».

L’association Les Effronté-e-s a également réagi. « Nous devons souvent affronter le déni choquant de notre situation qu’illustrent pourtant les inégalités salariales, les viols, les violences conjugales jusqu’au féminicide, déclare-t-on dans les rangs de l’association féministe. Mais aller jusqu’à faire de celles qui s’élèvent contre cet état de fait les coupables, et des dominants leurs victimes, est parfaitement abject. »

Lauriane Sandrini

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