5 questions pour comprendre le mouvement des Femen

De plus en plus de médias parlent des Femen, groupe féministe connu pour ses manifestations seins-nus. Femin’Act a dressé un point d’information pour comprendre ce mouvement controversé.

Aleksandra Shevchenko, une des fondatrices, arbore le logo des Femen. (Crédit photo : creative commons)
Aleksandra Shevchenko, une des fondatrices, arbore le logo des Femen. (Crédit photo : creative commons)

Qui sont-elles ?

Les Femen sont un groupe féministe créé en 2008 en Ukraine. Il a pu voir le jour grâce à l’initiative de trois femmes : Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Alexandra Shevchenko, surnommée Sacha. Encore adolescentes, les trois femmes, alors étudiantes à à Kiev, s’indignent de la place réservée aux femmes dans leur société. C’est ainsi que l’idée de créer le groupe Femen voit le jour.

En 2013, la réalisatrice Kitty Green tourne un documentaire intitulé Ukraine is not a brothel (l’Ukraine n’est pas un bordel). Le film dévoile l’existence de Viktor Svyatski, l’homme qui serait à l’origine des Femen.

« Il est allé chercher les plus jolies filles parce qu’elles font vendre plus de papier. Les plus jolies filles ont droit à la première page. C’est devenu leur manière de faire pour vendre la marque », explique la réalisatrice, qui a passé un an dans un petit appartement de Kiev avec quatre Femen. Kitty Green assure que l’homme est « horrible » avec les femmes du groupe, allant jusqu’à les traiter de « salopes ».

Victor Svyatski a expliqué devant la caméra que l’origine du groupe n’a rien à voir avec une volonté de droit des femmes. Il admet avoir fondé les Femen « pour avoir des filles ». L’homme, qui « a suggéré des slogans pour leurs protestations, et où et quand les faire », d’après Rue89, a depuis été expulsé du groupe.

Le mouvement des Femen s’inscrit dans la troisième vague du féminisme. Cette vague « porte sur le partage du pouvoir » et « se manifeste par des modes de militantisme qui ressemblent parfois à des performances », explique à l’AFP Mme Sénac, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique à Paris.

D’un point de vue financier, le groupe tire leurs revenus de la vente de produits dérivés et de dons de bénévoles.

Quant à la place des hommes, elle est quasiment, pour ne pas dire complètement, inexistante. Quelques jeunes hommes en font partie, mais seulement pour la logistique ; ils sont privés d’actions.

Les Femen lors d'une manifestation à Paris en 2012. (Crédit photo : Reuters)
Les Femen lors d’une manifestation à Paris en 2012. (Crédit photo : Reuters)

Que font-elles ?

« Les Femen montrent les femmes telles qu’elles ne sont pas censées être : nues, avec un message précis et engagé, dans la rue, ensemble contre toutes les formes du patriarcat, qu’il soit religieux, sociétal ou plus précis » a raconté Julia Javel, une membre des Femen, au magazine Glamour.

L’idée de manifester seins nus est venue peu après la naissance du groupe en 2008. Lors d’une de leurs premières manifestations, elles avaient peints un message sur leur dos nu. Un photographe présent avait profiter de l’occasion pour publier une photos d’elles seins-nus. Face au succès du cliché dans la presse, manifester seins nus est devenu leur marque de fabrique, jusqu’à figurer sur leur logo. Être topless « redonne au corps féminin sa puissance et permet de réinvestir la ville, c’est notre uniforme d’activistes », a expliqué Julia Javel.

Les activistes du groupe ne se soucient pas des questions de sexisme ordinaire, tel que l’inégalité salariale ou le harcèlement au travail. « Ce sont des questions secondaires, estime Anna Hutsol, une des fondatrices. On en parlera quand les femmes seront devenues libres. Mais il faut d’abord lutter pour ce qui englobe ces problèmes. Quand on est une femme, on a parfois seulement le choix entre être prostituée, violée ou tuée. La question des salaires passe au second plan. Je sais que c’est une question importante en France, mais encore une fois : nous ne sommes pas un mouvement français. On s’attache à la femme dans sa globalité, pas au fait qu’elle soit italienne, française ou russe. »

Les Femen arborant un de leurs célèbres slogans "In gay we trust" (Crédit photo : AFP/KENZO TRIBOUILLARD)
Les Femen arborant un de leurs célèbres slogans « In gay we trust » (Crédit photo : AFP/KENZO TRIBOUILLARD)

Pourquoi le font-elles ?

Dans le livre sobrement intitulé Femen, publié en 2013, les trois fondatrices du groupe expliquent notamment la naissance du mouvement et précisent leur doctrine. Ainsi, elles expliquent que les Femen se battent contre les « trois piliers du patriarcat : la dictature, l’industrie du sexe et la religion ». Leur objectif est de libérer les femmes partout dans le monde, par « la victoire totale sur le patriarcat ».

Les Femen se fondent sur trois principes : « Le renversement politique immédiat de tous les régimes dictatoriaux qui créent des conditions de vies intolérables aux femmes », « l’éradication totale de la prostitution par la criminalisation des clients », et la « séparation universelle de l’Église et de l’État, avec interdiction de toute ingérence des établissements religieux dans la vie civile, sexuelle et reproductive de la femme moderne ». Leur arme est le « sextrémisme », « une forme non violente, mais très puissante, de l’actionnisme », écrivent-elles.

Les Femen se battent contre la religion, et notamment le christianisme, parce qu’elles considèrent les valeurs que véhiculent l’Église comme misogynes. Selon les fondatrices du mouvement, « le féminisme et la religion ne sont pas deux choses qui peuvent coexister ». « Nous n’avons rien contre ces gens qui prient et ont besoin de croire en quelque chose. Simplement, nous en avons après tout ce qui entrave les droits des femmes, à savoir l’islam, le catholicisme, l’orthodoxie ou le judaïsme. Nous menons une guerre contre la religion qui implique que la femme soit l’esclave de l’homme. »

Quant à manifester seins nus, Inna Shevchenko nous en donne la raison : « On veut justement casser cette idée de femme-objet en donnant une nouvelle image de la nudité féminine, pour qu’elle devienne le symbole de la lutte des femmes, de leur liberté et leur indépendance. Montrer ses seins dans la rue permet de créer un choc : les hommes se retournent, ça les attire, ils croient que c’est pour eux. Et, d’un coup, on crie nos slogans. Nos seins sont agressifs, et ils parlent ! On utilise notre corps comme un manifeste. »

Les Femen ont ouvert un centre international d'entrainement à Paris. (Crédit photo : huffingtonpost)
Les Femen ont ouvert un centre international d’entrainement à Paris. (Crédit photo : huffingtonpost)

Où se trouvent-elles ?

Les Femen agissent dans dix pays du monde. Parti d’Ukraine, le groupe s’est petit à petit élargi à la Belgique, la Tunisie ou encore la France.

En septembre 2012, elles ont installé à Paris le premier centre international d’entrainement du groupe. Celui-ci est dirigé par Inna Shevchenko, militante Ukrainienne. Elle a fui son pays, étant en état d’arrestation après avoir scié une croix en bois en signe de soutien avec les Pussy Riots. Inna Shevchenko est également considérée comme la quatrième fondatrice du mouvement.

Ce camp d’entrainement est très utile aux Femen, comme l’explique Julia Javel. « Sans entraînement, les policiers nous arrêtent en 10 secondes et le message ne se délivre pas. C’est pour cela qu’on s’entraîne à échapper aux prises des policiers, à pouvoir crier même sous la contrainte… Et quand on est topless, à terre, avec quatre policiers pour nous contenir, seins contre le bitume, l’image est forte et le message passe. »

Anna Hutsol est basée en Ukraine et laisse le soin à Inna Shevchenko de développer la marque Femen au niveau mondial.

Une des Femen, interpellée à Bruxelles après une manifestation en 2012. (Crédit photo : AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)
Une des Femen, interpellée à Bruxelles après une manifestation en 2012. (Crédit photo : AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

Pourquoi est-ce un mouvement controversé ?

Le combat que mènent les Femen suscite tantôt l’admiration, tantôt le rejet. Pour l’ONG internationale La Strada, spécialisée dans la lutte contre la prostitution, l’utilisation de la nudité pour manifester « nuit à l’image des femmes et conforte les clichés sexistes ». Pour d’autres, elles deviennent même « pornographiques ». Face à ces critiques, les activistes répondent que les féministes traditionnelles ne sont plus entendues et que le féminisme du XXIe siècle passe par la réappropriation du corps des femmes par elles-mêmes.

Les autres féministes n’adhèrent pas complètement non plus aux actions, et moyens d’actions, des Femen. Le collectif Les TumulTueuses dénonce le discours qu’entretient le groupe sur la féminité et la virilité. « Les Femen ne s’adressent pas aux femmes et utilisent des discours virilistes (cf. action devant chez DSK, seins nus avec pour slogan : “Descends si t’es un homme”). » Le collectif critique également leurs paroles sur la prostitution et le voile, reprochant de « culpabiliser et d’infantiliser » les femmes musulmanes comme les prostituées.

Asma Guenifi, présidente de Ni putes ni soumises, souligne que « la mixité est absente du discours des Femen, qui repose sur la misandrie (rejet des hommes), ce qui est en contradiction avec nos valeurs ».

En France, des groupes anti-Femen d’hommes masqués, les Hommen, et de femmes, les Antigones, se constituent.

Certaines critiques pointent le côté discriminatoire de leurs discours. Les Femen ont notamment été accusées d’islamophobie après un tweet d’Inna Shevchenko, publié le 9 juillet 2013. « Qu’est ce qui peut être plus stupide que le Ramadan ? Qu’est ce qui peut être plus laid que cette religion ? » Elle a, par la suite, supprimé son tweet mais assure l’assumer complètement.

En avril 2013, le mouvement Muslim Women Against Femen (Femmes musulmanes contre les Femen) est créé par des étudiantes de Birmingham. Elles considèrent que les activistes comme islamophobes et impérialistes. Ce groupe a lancé une campagne sur Internet, avec comme slogan « Muslimah Pride » (Fière d’être musulmane), contre les féministes qui manifestent seins nus.

En Ukraine, la réputation des Femen n’est plus aussi belle qu’autrefois. Sergueï Gaïdaï, un conseiller en communication politique, leur reproche de n’être qu’une « simulation de féminisme [qui] n’a aucun sens politique ou social sérieux ». Pour une responsable ukrainienne de La Strada, les Femen « nui[sent] à l’image de l’Ukraine autant qu’au vrai mouvement féministe ».

Quelques actions des Femen en illustration :

Lauriane Sandrini

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