Daech, l’ennemi des femmes

Un an après l’instauration du Califat par le groupe djihadiste État islamique, Femin’Act vous propose de revenir sur les principaux événements qui nuisent aux droits des femmes.

On estime à près de 5000 le nombre de femmes et d’enfants enlevés et détenus comme esclaves sexuels dans les régions de Syrie et d’Irak contrôlées par Daech.

Le jeudi 25 juin, le groupe radical islamiste a vendu 42 Irakiennes comme esclaves à ses combattants, dans l’un de ses fiefs de l’est de la Syrie. L’Observatoire syrien des droits de l’homme a rapporté qu’elles ont été cédées pour des prix allant de 500 à 2 000 dollars.

Ces femmes, issues de la minorité yézidie, avaient été enlevées en 2014. Elles « sont considérées comme des hérétiques par les fanatiques de l’État islamique (EI) et traitées comme des esclaves par l’organisation djihadiste », explique un article de Madame Le Figaro. Ces djihadistes ont légitimé cet acte en s’appuyant sur la loi islamique.

Une femme yézidie et son enfant dans un camp de réfugiés, après l'offensive du mont Sinjar en août 2014. (Crédit photo : Getty Images)
Une femme yézidie et son enfant dans un camp de réfugiés, après l’offensive du mont Sinjar en août 2014.
(Crédit photo : Getty Images)

Ce cas d’esclavagisme est loin d’être isolé. La persécution des femmes a commencé dès la proclamation du Califat en juin 2014. Le porte-parole du ministère des Droits de l’homme irakien avait affirmé à cette même période qu’ils capturaient et « vend[aient] les femmes pour une centaine de dollars ».

En août dernier, les extrémistes avaient confirmé, pour la première fois, les violences infligées aux femmes yézidies, dans un article paru dans le magazine en ligne Dabiq. « Après capture, les femmes et les enfants yézidis ont été répartis, conformément à la charia, parmi les combattants ayant participé aux opérations du Sinjar (offensive menée en août dans le nord de l’Irak, NDLR), après qu’un cinquième des esclaves a été transféré à l’autorité de l’EI en tant que khums (butins de guerre) » pouvait-on lire sur leur site.

Une fois de plus, ils légitimaient leurs actes par la loi islamique. « Chacun doit se rappeler que réduire en esclavage les familles kuffars – infidèles – et prendre leurs femmes comme concubines, est un aspect fermement établi de la charia, et qu’en le niant ou le moquant, on nierait ou on moquerait les versets du Coran. »

L'EI vend des esclaves sexuelles dans des marchés (Crédit photo : numidia-liberum.blogspot.com)
L’EI vend des esclaves sexuelles dans des marchés (Crédit photo : numidia-liberum.blogspot.com)

Les femmes, objets commerciaux et sexuels

L’ensemble des femmes est concerné par l’abomination des actes de Daech. Il ne s’agit pas seulement des minorités yézidies ou chrétiennes, mais aussi sunnites et chiites.

Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak et chercheuse au CERI a livré une interview à Madame Le Figaro dans laquelle elle explique que les femmes sont des esclaves sexuelles. « Pour l’EI, elles doivent être assujetties et déshumanisées. Les combattants les considèrent comme des objets commerciaux et sexuels. Ils les capturent, les enferment et en font des butins de guerre. Dans le califat proclamé, la femme n’est pas une citoyenne, mais une esclave domestique et sexuelle à la merci de son mari. »

Publié en octobre 2014, un rapport de l’ONU dénonce des violences « apparemment systématiques et étendues » incluant des viols et d’autres formes d’abus sexuels et physiques contre femmes et enfants. A Mossoul, un bureau spécial pour la vente des femmes enlevées aurait été créé. « Les femmes et les petites filles y sont amenées avec des étiquettes de prix pour que les acheteurs fassent leur choix et négocient », révèle le rapport. Selon plusieurs témoins, elles sont utilisées comme « appâts » pour inciter les jeunes hommes à devenir des recrues de l’EI. Le rapport signale également des mariages forcés.

A Raqqa, en juin 2014. Photo d'illustration. (Crédit photo : REUTERS/Stringer)
A Raqqa, en juin 2014. Photo d’illustration. (Crédit photo : REUTERS/Stringer)

Des témoignages accablants

Ils existent de nombreux témoignages qui prouvent que les divers rapports dénonçant les pratiques de Daech, et notamment celui de l’ONU, sont vrais.

Delal Syndie est une activiste kurde de 17 ans qui a passé neuf mois aux mains de l’EI en tant qu’esclave sexuelle. Elle s’est échappée et a révélé son épreuve au journal The Independant. Le témoignage ne peut pas être vérifié, mais il est « atroce », précise la journaliste. La jeune femme est enlevée, avec sa sœur de 10 ans, dans les environs de la ville de Sinjar, au nord-ouest de l’Irak. Elle raconte avoir été battue, violée, fouettée, brûlée à l’eau bouillante jour après jour. Elle a dû également réciter des passages du Coran. Désormais libre, elle n’arrive néanmoins pas à effacer cette expérience. «J’essaye de tout oublier mais, à chaque fois que je ferme les yeux, je les vois devant moi et j’ai envie de me suicider.»

Zainab Bangura est la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies sur la violence sexuelle dans les conflits armés. Elle a accordé, en mai dernier, une sinistre interview au site spécialisé Middle East Eye sur les violences sexuelles institutionnalisées que fait subir l’EI aux femmes dans les zones qu’il contrôle. « Après avoir attaqué un village, l’EI sépare les femmes et les hommes et exécute les hommes âgés de 14 ans et plus. Les filles et les mères sont séparées ; les filles sont déshabillées, on examine si elles sont vierges ou non, on évalue la taille de leurs seins et leur beauté. Les plus jeunes, et celles considérées les plus jolies, atteignent les prix les plus élevés et sont envoyées à Raqqa, place forte de l’organisation. […] Ils commettent des viols, de l’esclavage sexuel, de la prostitution forcée et d’autres actes d’une brutalité extrême. Nous avons entendu le cas d’une femme de 20 ans qui a été brûlée vive parce qu’elle refusait d’accomplir un acte sexuel extrême. Nous avons entendu parler de nombreux autres actes sexuels sadiques. Nous luttons pour comprendre la mentalité des personnes qui commettent ce genre de crimes. »

Zainab Bangura est habituée à être témoin des atrocités de Daech. Lors d’une mission de quinze jours en Syrie et en Irak, elle a cité l’exemple d’une femme temporairement « mariée » vingt fois, et forcée à chaque fois d’endurer une opération de chirurgie réparatrice pour restaurer sa virginité.

Le 2 octobre dernier, une jeune yézidie s’est livrée à TF1 pour dévoiler le calvaire qu’elle a subi en tant qu’esclave. Amcha a réussi à échapper aux mains de l’EI après avoir été sauvée par un arabe sunnite. Elle explique qu’une femme est « destinée à 10 musulmans de Daesh, on était vendues pour 10 ou 12 dollars. » Pour elle, ses bourreaux « ne sont même plus humains ». Mariée de force, Amcha raconte qu’ils les traitaient comme des marchandises, pour plaire à leur(s) futur(s) acquéreur(s). : « On nous prenait en photo, on nous filmait, on nous forçait à sourire. »

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La « liste des prix » pour se procurer une esclave sexuelle. (Crédit photo : scoopnest.com)

Daech et son mode d’emploi pour utiliser les esclaves sexuelles

Le groupe radical islamiste a publié, le 3 décembre, un guide d’utilisation sur comment traiter les prisonniers. Le document est rédigé par le Département des prisonniers et des affaires de la femme, dirigé par Abu Suja. Il est intitulé Questions et réponses sur l’emprisonnement et les esclaves. Le texte contient 27 questions/réponses, dont vingt concernent le sexe et les peines à infliger aux esclaves.

Dévoilé par le Mail Online, le mode d’emploi définit le sort « des femmes de villages en guerre capturées par des combattants musulmans ». « Ce qui rend légitime de faire des prisonnières, c’est leur manque de foi. Les femmes non croyantes peuvent être faites prisonnières, après que l’imam les aient réparties entre nous », explique l’EI.

Un des passages du guide d’utilisation explique que « les filles vierges peuvent être violées immédiatement après avoir été achetées par leur propriétaire. Celles qui ont déjà eu des rapports sexuels doivent avoir leur utérus ‘purifié’ en premier ». Il est également « légal d’avoir des relations sexuelles avec une enfant prépubère », sans en expliquer la raison.

Le document règlementent également le circuit commercial des esclaves. « Vous pouvez acheter et vendre ou donner les épouses captives à qui l’aurait mérité. »

Un homme peut posséder plusieurs esclaves et les prêter à d’autres combattants, s’ils se mettent d’accord sur leurs « utilisations ».

Des femmes prisonnières. Photo d'illustration. (Crédit photo : nationspresse.info)
Des femmes prisonnières. Photo d’illustration. (Crédit photo : nationspresse.info)

La haine des djihadistes envers les femmes

Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak et chercheuse au CERI, explique pourquoi Daech méprise la gente féminine. « Une femme libre est le symbole de tout ce que les djihadistes détestent : l’Occident et la liberté. Les islamistes radicaux ont interdit le port du jean ou des vêtements qui laissent apparaître la chair car ils y voient une influence néfaste et mécréante de l’Occident. Ces extrémistes pensent qu’en les soumettant, ils reviennent aux bases de l’Islam. Mais c’est faux. Il n’est écrit nul part dans le Coran qu’il faut asservir, violer, assassiner… ou même imposer le port du voile. C’est un choix personnel pas une obligation. Là aussi, il y a dérive. Les djihadistes vont chercher n’importe quelle justification dans le Coran ou certains Hadith (les paroles prêtées au prophète Mahomet), pour légitimer leurs actions, l’asservissement et le meurtre. C’est une interprétation absurde et meurtrière qu’il ne faut pas chercher à expliquer rationnellement car elle relève d’une dérive salafiste et radicale. Les femmes disposent pourtant de nombreux droits dans l’Islam. »

Lauriane Sandrini

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