Quand les réseaux sociaux font preuve de sexisme

Photos censurées, employées discriminées… Les cas de sexisme existent au sein des réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram ou Twitter.

Instagram n’aime pas vos règles, mesdames. Il y a trois mois, Rupi Kaur, poète canadienne et auteure du recueil Milk and Honey, a posté une photo d’elle-même sur le réseau social, allongée sur son lit, de dos, une tâche rouge au niveau de l’entrejambes et sur les draps. La plateforme s’est empressée de la censurer, à deux reprises, soulignant que l’image enfreignait le règlement communautaire.

Suite à cette censure, Rupi Kaur a reçu des milliers de messages de soutien, qui « clamaient leur incompréhension face à cette censure injustifiée et ouvertement qualifiée de misogyne » explique un article de Kombini. Instagram accepte de nombreuses photos montrant du sang, mais ne tolère pas l’origine de ces tâches-ci.

Le cliché supprimé a fait le tour des réseaux sociaux, soulevant la question du tabou lié aux menstruations féminines. L’objectif de cette photo était, en effet, de démystifier les règles, dans une société qui a du mal à les accepter. « Je ne publierais pas d’image de mon sperme, alors ne publie pas d’image de tes règles. »

Légende : La photo supprimée par Instagram. (Crédit photo : Instagram © Rupi Kaur)
La photo supprimée par Instagram. (Crédit photo : Instagram © Rupi Kaur)

L’artiste canadienne s’est fendue d’un billet sur son blog, expliquant que cette censure est synonyme d’un acte misogyne. « Merci Instagram de me donner la réponse exacte que j’attendais de ce travail critique. Vous avez supprimé la photo d’une femme qui a ses règles, mais dont le corps est entièrement couvert, en disant qu’elle allait à l’encontre de votre règlement communautaire, ce qui est inadmissible. La fille est habillée, la photo est à moi. Elle n’attaque aucun groupe, ce n’est pas un spam.

Pour toutes ces raisons, je vais la remettre en ligne. Je ne vais pas m’excuser pour des gens qui continuent de nourrir l’égo d’une société misogyne, qui accepte des corps en sous-vêtements mais pas une petite fuite de sang, alors que vos pages sont couvertes de photos de femmes dont les corps sont considérés comme des objets […]. Merci. »

Face à la polémique, le réseau social a réagi. Instagram a remis la photo en ligne et a présenté ses excuses à l’artiste. « Salut Rupi, un membre de notre équipe a accidentellement supprimé un contenu posté sur Instagram. C’était une erreur, et nous en sommes sincèrement désolés. Dès que nous avons compris notre erreur, nous l’avons réintégrée. »

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Free the Nipples

Le mouvement Free the Nipples, soit littéralement en français « Libérer le téton », est né dans les années 1990 aux Etats-Unis. Leur questionnement est simple : pourquoi l’homme peut-il se montrer torse nu dès qu’il le souhaite alors que la femme ne le peut pas ? A l’origine du mouvement, un docu-fiction réalisé par l’Américaine Lina Esco, qui filme un groupe de jeunes femmes qui défilent, seins nus, dans les rues de New-York. Son nom, Free the Nipples, donnera le hashtag repris sur les réseaux sociaux pour dénoncer la censure de ceux-ci.

Sur Instagram ou Facebook, les règles sont claires : « tout contenu montrant la nudité ou à connotation sexuelle n’est pas autorisé ». Pourtant, de nombreuses femmes décident de s’afficher seins nus pour défendre leur liberté. C’est le cas de Rihanna, en topless sur Instagram, ou de Scout LaRue Willis (la fille de Bruce Willis et Demi Moore) qui s’est affichée en mai dernier les seins à l’air dans les rues de New York, ce qui lui a valu la suppression de son compte Instagram pendant 24h.

@freethenipplelives #freethenipple

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Le débat s’est déplacé sur l’allaitement. Les femmes en train d’allaiter ont lutté sur Facebook pour que leurs photos ne soient plus supprimées, soulignant l’acte comme un geste naturel, donc non propice à la censure.

En juin dernier, les mamans ont pu célébrer leur victoire contre le réseau social. Suite à l’engouement, Facebook a fini par arrêter de supprimer les photos. On peut désormais lire dans leur règlement : « Oui. Nous reconnaissons la beauté et le caractère naturel de l’allaitement, et nous sommes ravis de savoir qu’il est important pour les mères de partager leurs expériences avec autrui sur Facebook. La plupart de ces photos respectent nos règlements. »

Légende : Un maillot de bain lancé pour ironiser l’interdiction du topless sur les réseaux sociaux. (Crédit photo : instagram / @thetatatop)
Un maillot de bain lancé pour ironiser l’interdiction du topless sur les réseaux sociaux. (Crédit photo : instagram / @thetatatop)

Employées discriminées

En mars dernier, Tina Huang, une ancienne employée de Twitter, a porté plainte contre l’entreprise américaine pour sexisme. Cette ingénieure logicielle a dénoncé les « méthodes de management de l’entreprise, où les postes à pourvoir seraient communiqués par «une tape sur l’épaule» et les promotions, distribuées surtout aux hommes », a rapporté un article de 20minutes.

Tina Huang a affirmé qu’une promotion lui a été refusée. Elle souligne également avoir été poussée à la démission après s’être plainte à la direction. Selon le texte de la plainte, consulté par Mashable, « elle dénonce un plafond de verre pour les femmes, et un système de promotion opaques, où des comités secrets de management prendraient des décisions de ressources humaines sans critères objectifs. »

Rappelons que seuls 30% des employés chez Twitter sont des femmes. Les postes de direction sont occupés à 79% par des hommes et 10% des techniciens sont des femmes.

L’entreprise a, cependant, nié la version de l’ancienne employée. « Tina Huang a démissionné volontairement de Twitter, après que la direction a tenté de l’en dissuader », a déclaré un porte-parole de la firme. « Elle n’a pas été renvoyée. Twitter accorde un soin particulier à la mise en place d’un environnement de diversité où les employés sont soutenus, et nous estimons que Tina Huang a été traitée justement. »

Le logo de l’entreprise Twitter. (Crédit photo : SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA)
Le logo de l’entreprise Twitter. (Crédit photo : SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA)

Des plaintes répétitives  

Après Twitter, c’est au tour de Facebook de se voir accusé de sexisme à l’encontre de ses employées. Egalement en mars 2015, Chia Hong a attaqué son ancien employeur, « qui l’aurait humiliée et licenciée en raison de son sexe, mais également de ses origines taïwanaises » d’après un article du Daily Mail.

Chia Hong a été employée de 2010 à 2013, en tant que partenaire technologique de l’entreprise américaine. Durant cette période, elle affirme que son ancien employeur, Anil Wilson, lui a un jour demandé « pourquoi ne resterais-tu pas chez toi à prendre soin de tes enfants au lieu de penser à ta carrière ? » Facebook aurait également demandé à l’ancienne employée d’organiser des soirées et de servir des verres à ses collègues masculins. « Chia Hong affirme avoir été licenciée en octobre 2013 malgré des évaluations satisfaisantes de ses performances et avoir été remplacée par un homme moins qualifié qu’elle. » selon un article d’usine digitale.

Face à cette plainte, Facebook a nié les faits dans un communiqué. « Nous travaillons extrêmement dur sur les problématiques liées à la diversité, au genre ainsi qu’à l’égalité et nous pensons avoir fait des progrès. Dans le cadre de cette affaire, nous sommes en profond désaccord avec les faits avancés [par Chia Hong]. Nous pensons que nos rapports prouvent que cette salariée a été traitée avec impartialité. »

D’après un article de Tech Republic, en 2014, seuls 31% des employés de Facebook étaient des femmes.

Ellen Pao et son avocate durant le procès contre Kleiner Perkins. (Crédit photo : AP/Jeff Chiu)
Ellen Pao et son avocate durant le procès contre Kleiner Perkins. (Crédit photo : AP/Jeff Chiu)

Un cas similaire a eu lieu au début de l’année. Ellen Pao, ex-employée de Kleiner Perkins Caufield & Byers, l’une des sociétés de capital-risque les plus prestigieuses de la Silicon Valley, connue pour avoir lancé Google, Amazon ou Netscape, a porté plainte contre son employeur, dénonçant une discrimination sexuelle. Elen Pao « avait décrit comment, chez Kleiner Perkins, les femmes étaient reléguées en bout de table dans les réunions, exclues de certains événements avec les clients, et comment elle avait été ignorée au profit de collègues masculins lorsqu’il s’était agi de promotion », souligne un article du Monde.

Cependant, après 24 jours d’audience, les jurés de la Cour supérieure de San Francisco ont décidé que l’ancienne employée n’avait pas été victime de discrimination sexuelle. L’avocate de l’entreprise a affirmé que Mme Pao « surestimait beaucoup ses capacités et que les femmes représentent 20 % chez Kleiner Perkins, soit trois fois plus que la moyenne dans le secteur du capital-risque », toujours selon le Monde.

Lauriane Sandrini

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