Quand un homme se met dans la peau d’une femme

Afin de mettre en avant les situation quotidiennes que doivent endurer les femmes, nous avons demandé à plusieurs hommes de s’imaginer en être une.

Photo d'illustration. (Crédit photo : cosmopolitan.com)
Photo d’illustration. (Crédit photo : cosmopolitan.com)

Demain, je compte mettre un short pour aller au boulot.

J’espère que je ne me ferai pas siffler dans la rue ; que je ne me ferai pas traiter de petite pute par des nanas si je refuse de donner mon numéro, une cigarette ou si je ne réponds pas à un compliment vulgaire.

« Wesh t’es beau jeune homme. Sans déconner, t’es charmant. T’es célibataire ? Il est à toi ce petit cul ? Eh, reviens ! Allez, c’est bon putain… Sale pute va. » Quelque chose dans ce goût-là.

J’espère que je ne prendrai pas une main au cul dans le métro par une vieille perverse profitant des heures de pointe et qui se collerait à moi durant tout le trajet. Et tandis que je sentirai ses seins durcis contre mon dos, je baisserai la tête, honteux de ne pas pouvoir bouger, tétanisé et en sueur.

Je ne rentrerai pas trop tard du travail et j’éviterai de traverser le parc tout seul. On ne sait jamais, une mauvaise rencontre est si vite arrivée. Mais c’est de ma faute, je l’aurais bien cherché. Après tout, je montre mes jambes.

Demain, je mettrai un short pour aller au boulot et il ne m’arrivera rien parce que je suis un homme, tout simplement.

L’égalité, c’est pour quand ?

Vincent Lahouze, 27 ans.

Photo d'illustration. (Crédit photo : Marc Chaumeil)
Photo d’illustration. (Crédit photo : Marc Chaumeil)

Poulet, poulet… je ne suis pas un putain de poulet ! A force de me faire appeler comme ça au boulot, il m’en pousserait presque un bec et des plumes.

Je bosse pour un grand journal du sud-est de la France. Une grande entreprise de presse, comme on les appelle. Je suis le seul mec de mon service. J’y ai commencé en tant que stagiaire, alors forcément, je reste « le stagiaire », « le petit jeune », « mon poulet »…

Tous les matins, c’est conférence de rédaction. Je préfère arriver le premier, pour qu’on ne remarque pas, qu’on ne me commente pas. Toutes les femmes du service s’installent bruyamment les unes après les autres autour de la table ronde. C’est lundi, alors elles racontent leur week-end. A les écouter, elles se tapent tous les mecs de la région quand elles veulent, leurs maris les font chier avec des « sorties à la con », et elles bossent beaucoup trop.

Entre deux rires gras, on prend des airs graves pour savoir si on mettra les moustiques ou la peur du terrorisme à la une du journal de demain. On débat, on s’engueule, et puis on choisit les moustiques. Si vous pensez que j’ai eu mon mot à dire… En tout cas, on me fait savoir que je ne suis « pas aussi bien foutu que le mec de la pub en page 4 ». Merci pour le scoop.

J’ai le malheur de me lever pour jeter mon gobelet de café. « C’est mon préféré » me lance la rédactrice en chef avec un sourire à se décrocher la mâchoire. Je ne comprends pas tout de suite. Elle insiste : « Ton short, c’est mon préféré ». Je souris, retourne m’asseoir et comme d’habitude, je la démonte verbalement, dans ma tête. Moi aussi c’était mon préféré, connasse. Tout le monde se piffre, les blagues de la rédactrice en chef trouvent toujours un bon public. « Il fait chaud, je vais ouvrir la fenêtre » rajoute lourdement une des journalistes.

Fin de la conférence. « Qu’est-ce qu’on lui laisse au petit poulet ? » s’interroge enfin une âme charitable. J’en déduis que c’est de moi dont il s’agit. « Tu vas nous faire le spectacle de fin d’année de l’école primaire. Les enfants, t’aimes bien ça ? » Je ne réponds pas puisque ce n’était pas une question en fin de compte. Même si je déteste les gosses.

Mon reportage bouclé, je rentre à la rédaction pour écrire mon papier. Au vu de la place qu’on m’a laissé dans le journal, je ne vais pas raconter grand-chose. Ça ne me prend que quelques minutes. Je vais présenter mon travail à la chef. A peine la porte de son bureau entre-ouverte, elle s’exclame : « Aaaaah mister, entre et ferme bien la porte ». Je pousse la porte et elle insiste pour que je la ferme entièrement. Je déteste rentrer dans son bureau.

Elle est assise les jambes écartées, la robe remontée jusqu’aux cuisses, et sa main qui caresse l’une d’elles me met terriblement mal à l’aise. Elle semble y prendre un malin plaisir. J’ai chaud, je transpire, je sue. « Tu sais, tu peux venir me voir même si ça ne concerne pas le travail ».  Je ne réponds pas, trop gêné.

« Alors, tu as passé un bon week-end ? Tu es sorti ? Tu as fait le fou ? Attention à ne pas faire trop de bêtises. A ton âge… » Elle parle toute seule, je ne l’écoute plus. Je lui laisse mon papier et m’esquive rapidement hors de son bureau. J’espère au moins qu’elle le lira.

Elle se lève brusquement et m’attrape le bras, ses ongles me rentrent dans la peau et j’ai l’impression de voir dans son regard une domination animale qui ne demande qu’à s’exprimer. Elle pose sa main dans le creux de mon dos, me rapproche d’elle et me force à lui faire la bise. Tétanisé, je n’ai pas pu bouger. « A demain, poulet » « A demain, Madame ».

Je suis pas un putain de poulet. Mais ça, je n’en suis sûr que dans ma tête.

Grégoire Bosc-Bierne, 21 ans.

Photo d'illustration. (Crédit photo : bignewstheory.wordpress.com)
Photo d’illustration. (Crédit photo : bignewstheory.wordpress.com)

8 heures du matin. J’arrive au bureau. Une collègue me claque une porte au nez. Bonjour la galanterie…

8 h 10. Devant la machine à café, une amie insiste pour me payer un café et m’inviter au restaurant ce soir. Qu’est-ce que ça cache ?

9 heures. Assis à mon bureau, je sens le souffle chaud et l’haleine désagréable de ma collègue sur mon cou. Je ne dis rien. Je ne dis jamais rien.

Pour le restant de la journée je ne parle pas des allusions vaseuses telles :

Une femme à hommes c’est une séductrice

Un homme à femmes c’est un maquereau

Une coureuse c’est une jogueuse

Un coureur c’est un macho

Une femme facile c’est une femme agréable

Un homme facile c’est un salaud

A la sortie du restaurant, mon amie m’invite chez elle. La fin de soirée est prévisible. Direction le lit. Ma collègue me saute dessus pour me faire l’amour. « Quelle journée, lui dis-je. J’ai une terrible migraine… Pas ce soir. »

Nous les hommes, il nous faut parfois faire preuve d’imagination pour parer vos avances.

J’ai maintenant une bonne raison, vous les femmes, pour enfin vous comprendre.

Il vous faut une sacré dose de constance.

Francis Antoine, 70 ans.

Propos recueillis par Lauriane Sandrini

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