Turquie : lutte impossible pour les droits des femmes ?

Un peu plus d’un mois après le viol et le meurtre effroyables de la jeune Özge Aslan, qui ont suscité une large indignation auprès de la population turque, les violences faites aux femmes et la relative impunité que le système gouvernemental ou juridique leur concèdent n’ont pas cessé, ni décru. Depuis 2002, le pays est dirigé par le Parti de la justice et du développement (AKP), lequel se caractérise notamment par la défense d’une « morale » religieuse ferme, et par un indéniable conservatisme en matière de droits de femmes.

Lorsque Gece, jeune styliste turque, s’apprête à retrouver son compagnon, traversant le Bosphore pour rejoindre la rive asiatique, elle subit un long viol, avant d’être secourue par des passagers puis de s’empresser d’aller porter plainte auprès du commissariat à son arrivée. Cependant, alors qu’elle vient d’endurer une agression sexuelle forcément traumatisante, le discours tenu à son égard par les policiers qui l’entendent reflète bien la place fortement inférieure aux hommes dévolue aux femmes en Turquie, avec qui l’on est curieusement très intransigeant sur la manière de se conduire. En effet, les policiers avec lesquels s’entretient Gece lui reprochent sa tenue vestimentaire, décriant un pantalon trop moulant, nécessairement aguicheur selon eux. La découverte d’une pilule contraceptive dans le sac de la victime accentue l’incrédulité des agents de police, qui se moquent alors de la jeune femme et affirment : « Avec ça, tu as peu de chances de convaincre un juge ! ». Effectivement, lors de l’audition des agresseurs de la jeune Gece, le juge finira par leur accorder des circonstances atténuantes, sous les motifs, non reconnus par le droit turc mais mis en pratique toutefois, d’avoir porté un vêtement trop moulant, de ne pas s’être couverte d’un voile, d’avoir eu dans son sac une pilule contraceptive… Autant de causes évoquées de manière à rejeter la faute de l’agression d’abord sur la victime, comme si c’est elle qui avait, dans un premier temps, excité les hommes qui l’ont violée.

En février dernier, une partie de la population turque descend protester dans les rues, pour dire son indignation après le viol et le meurtre d'une jeune étudiante. (Crédit photo : Adem Altan / AFP)
En février dernier, une partie de la population turque descend protester dans les rues, pour dire son indignation après le viol et le meurtre d’une jeune étudiante. (Crédit photo : Adem Altan / AFP)

La misogynie aux rênes du pouvoir

En Turquie, une majorité de tribunaux sont guidés par une solide idéologie patriarcale, et ainsi sont susceptibles de mettre de côté, par paresse et manque d’intérêt, les dossiers relevant des violences faites aux femmes, ou de les traiter sans toute la considération qu’ils requièrent au vu de la gravité des actes commis. Le chemin pour accéder à leurs pleins droits est encore long et sinueux pour les femmes turques. Le 2 janvier dernier, le ministre de la santé turc affirmait que « les mères ne doivent pas mettre d’autres carrières que la maternité au centre de leur vie ». Les propos misogynes et machistes prononcés par un certain nombre de responsables religieux et des dirigeants de l’AKP se sont hélas encore banalisés au cours des dernières années. En effet, en novembre dernier, lors de déclarations publiques, le président Recep Tayyip Erdogan avait jugé que l’égalité hommes-femmes était un combat « contre-nature ». Il avait aussi défini la contraception comme relevant d’une « trahison ». Ces multiples formes de sexisme, qui écartent les femmes et les soumettent au pouvoir hégémonique des hommes, doivent impérativement cesser, mais il semble aujourd’hui encore utopique de croire en une élévation notable des mentalités au profit de l’égalité des sexes. Depuis ces dix dernières années, les assassinats de femmes commis par des hommes ont triplé en Turquie, comme l’attestent les ONG. Un autre chiffre, plus parlant encore, corrobore le fait que rien n’est véritablement mis en place dans le pays, du moins de manière efficace, pour lutter contre les abus sur les femmes : entre 2003 et 2013, les violences domestiques ont augmenté de 1400%.

Romy Marlinge

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