Recueil des pires lois misogynes #3

Le site Topito a réalisé le 8 mars le top 10 des lois misogynes les plus déroutantes dans le monde. Femin’Act a décidé d’éclaircir chacune d’entre elles. Numéro trois : au Nigeria, un homme marié a le droit de battre sa femme.

Au Nigeria, les violences conjugales sont pratiques courantes. En 2007, les experts des droits humains au Niger ont rapporté que 70% des femmes nigériennes trouvent normal qu’un membre masculin de leur famille les batte et les violente régulièrement. Sept ans après, en 2014, un rapport portant sur les violences conjugales dans ce même pays a été publié par la Commission de l’immigration et du statut du réfugié au Canada. Les résultats montrent qu’aucune amélioration n’a été effectuée. Au contraire, le taux de violences matrimoniales a augmenté au cours des trois dernières années, d’après un sondage figurant dans le rapport et réalisé par le National Crime Victimization and Safety Survey. En outre, selon le Nigeria Demographic and Health Survey (NDHS), la « violence conjugale touche tous les milieux socioéconomiques et culturels. Près de trois Nigérianes sur dix […] subissent de la violence physique depuis l’âge de 15 ans. » La NDHS rapporte également qu’« une femme mariée sur quatre a subi de la violence physique, sexuelle ou émotive aux mains de son époux ou de son partenaire. » Ces chiffres s’expliquent par le droit dont bénéficient les hommes de battre leur épouse. En effet, une loi fédérale permet aux maris nigériens « [d’]utiliser des moyens physiques pour punir leur épouse, pourvu que cela ne donne pas lieu à des « lésions corporelles graves », lesquelles sont décrites comme la perte de la vue, de l’audition et de la parole, la défiguration ou des blessures pouvant entraîner la mort ». Ainsi, un homme a parfaitement le droit d’abuser sexuellement de sa femme, ou encore de la frapper.

Les violences conjugales concernent tout le monde, comme le montre Nicolas Gillon, auteur de cette campagne. (Crédit photo : femmeactuelle.fr)
Les violences conjugales concernent tout le monde, comme le montre Nicolas Gillon, auteur de cette campagne. (Crédit photo : femmeactuelle.fr)

Une police inutile

Les femmes nigériennes battues ne bénéficient que de très peu d’aide venant du pays ou même de leur famille. Lorsqu’une d’entre elles contacte la police pour rapporter ses blessures, elle s’en voit affubler la responsabilité. « Si une femme se rend à la police, ils lui disent qu’elle a dû mal se conduire et lui demandent ce qu’elle a fait pour mériter cela », explique Lisette Quesnel, conseillère en violence sexiste à Oxfam au Niger. Le Network on Police Reform in Nigeria (NOPRIN), réseau constitué de 46 organisations travaillant sur la responsabilisation de la police et les droits de la personne au Nigeria, rappelle que les policiers nigériens « font typiquement preuve de partialité et adoptent des attitudes discriminatoires lorsqu’ils traitent des cas de femmes victimes de violence, [ce qui] repose sur des croyances et des notions culturelles qui accordent peu de valeur aux femmes et les asservissent [et où souvent] la victime est blâmée. » Les rares cas où la justice intervient, les poursuites ne sont pas retenues et seulement peu d’agresseurs sont tenus responsables de leurs actes, selon le président du Nigerian National Human Rights Commission (NHRC). En raison de cela, il n’existe que peu de signalements et de demandes d’aides provenant des femmes nigériennes. D’après le NDHS, « la plupart des Nigérianes qui subissent de la violence physique ou sexuelle ne demandent pas d’aide à qui que ce soit ». Comme le soulève Mariama Moussa, présidente de l’ONG nigérienne SOS femmes et enfants victimes de violence familiale, les familles des victimes se retrouvent impuissantes : « Si elle en parle à sa mère, bien souvent celle-ci la force à ne rien dire à personne et l’envoie arranger les choses avec son époux ». Au Nigeria, les violences conjugales restent donc un problème omniprésent dans la société, dans laquelle un changement doit être impulsé afin de changer les mentalités et d’améliorer les droits de la femme.

Lauriane Sandrini

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6 réflexions sur “Recueil des pires lois misogynes #3

  1. C’est dommage sur la forme, c’est trop rédige il aurait été plus lisible et attractif de faire un top 10 en points ou en tirets afin que l’on puisse identifier rapidement ces lois misogynes 😉

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    1. Justement, le but de cette série d’article est d’éclaircir plus profondément ces dix lois. En dresser un top comme l’a fait le site Topito, ça aurait été du plagiat donc complètement inintéressant. Mais je comprends ces critiques. 🙂

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  2. Marlinge

    Je vous félicite de dévoiler tous les actes de machisme et de brutalité faîtes aux femmes dans le monde entier et il y a du travail la dessus ! Bravo vous faites preuve de courage dans un but de justice.

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